Dans le cadre de la bonne distribution de la justice au Mali, l’avocat sans frontière (ASF) du Mali, en partenariat avec l’Institut Panos Afrique de l’Ouest et ARTICLE 19 Afrique de l’Ouest, avec le soutien de l’Union européenne, a organisé du 18 au 21 août 2026, à l’institut National de Formation Judiciaire Me Demba Diallo (INFJ-MDD ), une session de formation à l’intention des magistrats et des avocats sur le thème : << Pour un meilleur accès à la justice des journalistes et des blogueurs >>. L’ouverture des travaux était présidée par le Directeur général de l’institut, Dr Toubaye KONÉ, en présence du Président de l’Avocat Sans Frontière (ASF), Me Baseydou Doumbia, ainsi que les experts formateurs et des participants.
Dans son discours d’ouverture, Dr Toubaye KONÉ a d’abord rappelé que la formation continue des acteurs judiciaires constitue, aux côtés de la formation initiale, l’une des dimensions essentielles de la mission de l’Institut National de Formation Judiciaire.
《Dans un environnement juridique et social en constante évolution, la formation du magistrat, de l’avocat et, plus largement, de l’ensemble des professionnels de la justice ne saurait s’arrêter à l’acquisition initiale des connaissances》, a-t-il déclaré. Ajoutant qu’elle doit se poursuivre tout au long de la vie professionnelle. C’est pourquoi il a rappelé que la vocation de leur Institut est : offrir aux acteurs de la justice des espaces permanents d’apprentissage, d’actualisation des connaissances, de réflexion et de partage d’expériences, afin de leur permettre de mieux répondre aux mutations du droit et aux attentes légitimes des justiciables. La rencontre qui nous réunit aujourd’hui s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Le Directeur Général a expliqué que le Mali traverse depuis plusieurs années une crise multidimensionnelle dont les conséquences affectent notre société et nos institutions. Poursuivant que dans un tel contexte, la préservation de l’espace civique, la protection des libertés fondamentales et la garantie d’un accès effectif à la justice revêtent une importance toute particulière. 《La liberté d’expression, la liberté de la presse, le droit à l’information et l’accès à la justice ne sont pas seulement des principes proclamés par les textes. Ils constituent des garanties essentielles de l’État de droit et de la participation des citoyens à la vie publique》a laissé entendre le directeur. Soulignant que les journalistes, les blogueurs et, plus largement, les acteurs des médias jouent à cet égard un rôle important.
Par leur travail d’information, d’analyse et d’alerte, ajoute-t-il qu’ils contribuent au débat public et à l’information des citoyens. Dr Koné a cependant rappelé que comme toute liberté, la liberté d’expression s’exerce dans un cadre juridique.
《Sa protection suppose donc une recherche permanente d’équilibre entre l’exercice effectif de cette liberté fondamentale et la nécessaire sauvegarde des droits d’autrui, de l’ordre public ainsi que des autres intérêts légitimes protégés par la loi》, ajoute-t-il. C’est précisément dans la recherche de cet équilibre que le magistrat et l’avocat assument une responsabilité particulière.
Il a souligné que cette présente formation s’inscrit dans le cadre du projet << Renforcer l’espace civique et promouvoir les droits humains au Mali: vers une société démocratique et inclusive », mis en œuvre par le consortium constitué d’Avocats Sans Frontières – Mali, de l’Institut Panos Afrique de l’Ouest et d’ARTICLE 19 Afrique de l’Ouest, avec l’appui financier de l’Union européenne. Ce projet poursuit un objectif essentiel: contribuer au renforcement de l’État de droit et à une meilleure protection des libertés fondamentales au Mali. La session qui nous réunit aujourd’hui constitue, à cet égard, une réponse concrète à une exigence que l’INFJ place au cœur de son action: adapter en permanence les compétences des professionnels de la justice à l’évolution du droit et aux nouvelles problématiques auxquelles ils sont confrontés dans l’exercice de leurs fonctions. Car selon lui, les transformations de notre société entraînent nécessairement de nouvelles questions juridiques.
Il a signalé que le développement des réseaux sociaux, des plateformes numériques et des nouveaux modes de production et de diffusion de l’information a profondément modifié l’espace public. Face à ces évolutions, il dira que la justice doit être en mesure de comprendre avant de juger, de maîtriser les normes avant de les appliquer et d’appréhender les transformations sociales et technologiques avant d’en tirer les conséquences juridiques. C’est tout le sens de la formation continue. Pour lui, cette responsabilité exige une connaissance approfondie des normes nationales, régionales et internationales, mais également la capacité de les interpréter et de les appliquer avec mesure et discernement. C’est pourquoi l’Institut National de Formation Judiciaire entend faire de la formation continue un véritable instrument d’amélioration de la qualité de la justice. Former continuellement les acteurs judiciaires, c’est contribuer à améliorer les décisions rendues, à renforcer la qualité de la défense, à harmoniser les pratiques professionnelles et, en définitive, à consolider la confiance du citoyen dans l’institution judiciaire. Durant ces jours de formation, il a souligné qu’il serait question des travaux qui vont permettre aux participants d’approfondir la connaissance des normes nationales, régionales et internationales relatives aux droits humains et aux libertés fondamentales, avec une attention particulière portée à la liberté d’expression, à la liberté de la presse et à l’accès à la justice. Mais cette formation doit aller au-delà de la seule transmission des connaissances. Ajoutant ainsi que la méthodologie fondée sur les échanges, les études de cas, les travaux pratiques et le partage d’expériences doit permettre de confronter les normes aux réalités de la pratique judiciaire. Il a invité les participants à prendre pleinement part aux échanges, à partager leurs expériences et à soumettre aux formateurs les difficultés rencontrées dans l’exercice quotidien de leurs fonctions.
Il a profité de son intervention pour adresser ses sincères remerciements à Avocats Sans Frontières – Mali pour cette initiative et pour la confiance placée dans l’Institut National de Formation Judiciaire. Remerciant aussi à l’Institut Panos Afrique de l’Ouest et ARTICLE 19 Afrique de l’Ouest pour leur engagement et leur expertise. Il a exprimé sa profonde reconnaissance à l’Union européenne, à travers sa Délégation au Mali, pour son soutien à cette initiative et, plus largement, pour son accompagnement des actions contribuant au renforcement de l’État de droit et à la protection des droits humains.
Alassane Cissé
