Médias en temps de guerre : l’UJS-Mali plaide pour un journalisme responsable face aux défis de la guerre informationnelle
L’Union des journalistes solidaires du Mali (UJS-Mali), en partenariat avec La Perspective Sahélienne, a organisé ce jeudi 3 septembre 2026 un Masterclass consacré au rôle des médias en période de conflit. La rencontre, tenue au siège de La Perspective Sahélienne, a réuni une trentaine d’hommes et de femmes de médias, notamment des journalistes, communicateurs et autres professionnels du secteur, autour des enjeux liés à l’éthique journalistique, à la désinformation, à la sécurité des journalistes et à la couverture médiatique des situations de crise.
Placée sous le thème du « rôle des hommes de médias dans la guerre médiatique », cette session de formation avait pour objectif de renforcer les capacités des participants à exercer leur métier dans un contexte marqué par la multiplication des crises, la circulation rapide de l’information et l’intensification de la guerre informationnelle.
Deux spécialistes ont assuré la formation : Bourama B. Keita, de la Direction de l’information, des recherches et des publications de l’armée malienne (DIRPA), et Demba Soumaré, journaliste international humanitaire, spécialiste de la communication et géopoliticien.
« Informer en temps de guerre, c’est défendre la vérité et la dignité humaine »
Dans son discours d’ouverture, le président de l’UJS-Mali, Ibrahim Binaté, a insisté sur la responsabilité particulière qui incombe aux professionnels des médias en période de crise.
Pour lui, l’information ne saurait être considérée comme un simple produit médiatique lorsqu’un pays traverse une période de conflit. Elle constitue avant tout une responsabilité susceptible d’éclairer, de protéger et de contribuer à la cohésion sociale.
« Notre mission n’est pas de publier le premier, mais de publier juste », a-t-il notamment rappelé, invitant les journalistes à vérifier les faits, croiser les sources, rechercher le contexte et distinguer clairement les faits des opinions.
Le président de l’UJS-Mali a également appelé les professionnels à s’interroger, avant toute diffusion d’une information sensible, sur trois éléments essentiels : l’information est-elle vérifiée ? Est-elle utile au public ? Et quelles peuvent être ses conséquences ?
Dans un environnement dominé par les réseaux sociaux et la diffusion instantanée des contenus, le journaliste doit, selon lui, constituer un véritable rempart contre la désinformation.
La sécurité des journalistes au cœur des préoccupations
Ibrahim Binaté a par ailleurs placé la sécurité des journalistes au rang des priorités. En zone de conflit, a-t-il souligné, le courage professionnel ne doit pas être assimilé à l’imprudence.
La préparation, l’évaluation des risques, la connaissance du terrain et le respect des règles de sécurité doivent accompagner l’exercice du métier, particulièrement dans les zones exposées.
Il a également appelé les journalistes à mesurer le poids de leurs mots, rappelant que le professionnel des médias n’est « ni militaire, ni juge, ni propagandiste », mais qu’il a pour mission d’informer, d’expliquer, de contextualiser et de permettre au citoyen de comprendre.
Cette responsabilité implique notamment d’éviter la stigmatisation, les généralisations et les discours susceptibles d’exacerber les tensions entre les communautés.
« Chaque mot compte en période de guerre », a-t-il insisté, mettant en avant la nécessité de préserver la dignité humaine dans le traitement de l’information.
Demba Soumaré : « En temps de guerre, informer, c’est protéger »
Prenant la parole à son tour, le journaliste international humanitaire et spécialiste de la communication Demba Soumaré a mis l’accent sur la nécessité, pour le journaliste, de conserver son équilibre et sa lucidité, particulièrement lorsqu’il travaille dans un environnement marqué par le stress et la pression.
Selon lui, la qualité du travail journalistique repose notamment sur la capacité du professionnel à mobiliser ses facultés d’analyse et de discernement, même dans des situations difficiles.
L’intervenant a également formulé plusieurs propositions destinées à renforcer la protection des professionnels des médias en période de conflit.
Parmi celles-ci figurent la création d’un fonds d’urgence pour les médias locaux, la mise à disposition de kits de sécurité et la création d’un numéro d’alerte destiné aux journalistes.
Il a également proposé la mise en place d’un système d’identification numérique permettant de répertorier les journalistes et, en cas d’urgence, de faciliter leur localisation grâce aux outils numériques et aux smartphones.
Pour Demba Soumaré, un tel mécanisme pourrait permettre à un journaliste confronté à une situation critique de déclencher rapidement une alerte et de bénéficier d’une assistance.
Les médias, acteurs de paix et de résilience
Au-delà de la protection physique des professionnels, le formateur a défendu une conception du journalisme comme outil de prévention et de protection des populations.
« Les médias ne sont ni des cibles ni des armes », a-t-il expliqué, les présentant plutôt comme des acteurs de la paix, de la résilience et de la vérité.
Selon lui, « en temps de guerre, informer, c’est protéger ». Le journaliste peut en effet contribuer à sauver des vies lorsqu’il alerte rapidement la population face à un danger, à condition que l’information diffusée soit vérifiée.
Pour illustrer son propos, Demba Soumaré a comparé le rôle du journaliste à celui d’une personne qui alerte un village de l’arrivée d’un incendie : l’alerte, lorsqu’elle est fiable et donnée à temps, permet aux populations de prendre les dispositions nécessaires.
Il a ainsi encouragé les journalistes à prendre pleinement conscience de leur rôle de protecteurs à travers l’information.
Une trentaine de professionnels renforcent leurs capacités
Cette session de formation a permis à une trentaine d’hommes et de femmes de médias de renforcer leurs connaissances et leurs pratiques professionnelles face aux exigences particulières du journalisme en période de conflit.
Les participants ont notamment été sensibilisés aux principes de vérification de l’information, à l’analyse des risques, à la sécurité du journaliste sur le terrain, à la lutte contre la désinformation ainsi qu’à la nécessité de préserver l’éthique et la déontologie professionnelles.
À travers cette initiative, l’UJS-Mali et La Perspective Sahélienne entendent favoriser l’émergence de professionnels mieux préparés à faire face aux réalités d’un environnement médiatique marqué par les crises et la guerre informationnelle.
La formation continue, une exigence pour le journaliste
Dans son intervention, Demba Soumaré a également insisté sur l’importance de l’auto-formation.
Pour lui, si la formation initiale et l’accompagnement institutionnel sont indispensables, le journaliste doit surtout entretenir lui-même ses connaissances et développer continuellement ses compétences.
Il a encouragé les professionnels à cultiver la curiosité, la rigueur et l’apprentissage permanent afin d’atteindre leurs objectifs professionnels.
« Qui veut peut », a-t-il rappelé, invitant les journalistes à se donner les moyens de devenir des professionnels dignes de ce nom.
Mieux connaître les structures étatiques pour mieux informer
De son côté, Bourama B. Keita, représentant de la DIRPA, a particulièrement insisté sur la nécessité pour les journalistes de mieux connaître le fonctionnement des structures étatiques, notamment celles chargées de la gestion des crises.
Il a expliqué la différence entre les missions de la DIRPA, qui intervient notamment dans le cadre de l’information et de la communication liées aux Forces de défense et de sécurité, et celles d’autres structures chargées de la gestion des crises.
L’intervenant a notamment évoqué la COGES, rattachée au ministère de la Sécurité intérieure, soulignant que la méconnaissance des rôles et des compétences des différentes structures publiques peut conduire à des confusions dans la recherche et le traitement de l’information.
Pour lui, la maîtrise de l’organisation institutionnelle et du rôle de chaque service constitue un élément essentiel du travail journalistique, particulièrement lorsqu’il s’agit de couvrir une crise ou une situation d’urgence.
Vers un journalisme plus professionnel en contexte de crise
Les échanges ont ainsi permis aux participants d’aborder plusieurs problématiques majeures : l’éthique et la déontologie en temps de guerre, la sécurité des journalistes, la vérification des informations, la lutte contre la désinformation, la connaissance des structures étatiques et les bonnes pratiques en matière de couverture des conflits.
À travers ce Masterclass, l’UJS-Mali et ses partenaires entendent contribuer au renforcement des capacités des professionnels des médias afin de leur permettre de mieux répondre aux exigences d’un environnement informationnel de plus en plus complexe.
La rencontre s’est achevée par une photo de famille, dans une ambiance marquée par les échanges et le partage d’expériences entre les formateurs et la trentaine de participants, journalistes, communicateurs et autres acteurs du secteur des médias.
Dans un contexte où la guerre se joue également sur le terrain de l’information, le message porté lors de cette rencontre apparaît comme une invitation à conjuguer professionnalisme, responsabilité, vérification et respect de la dignité humaine.
Car, comme l’a résumé le président de l’UJS-Mali dans son discours d’ouverture : « Informer en temps de guerre, c’est défendre la vérité et la dignité humaine. »
