Dans le cadre du renforcement des capacités des auxiliaires de justice, l’Institut National de Formation Judiciaire Maître Demba Diallo (INFJ-MDD), en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), à travers le Projet de Soutien au Secteur de la Justice et de la Sécurité (PROSMED), a lancé ce lundi une session de formation à l’intention des assesseurs coutumiers et des interprètes judiciaires. La session, qui s’étendra sur trois jours (du 21 au 23 juillet), se déroule dans les locaux de l’Institut à Bamako.
La cérémonie d’ouverture s’est tenue sous la présidence du directeur général de l’INFJ, Dr Toubaye Koné. Elle a été marquée par l’intervention de M. Christian Diassana, magistrat à la retraite, concepteur du module de formation et formateur principal de la session.
« Cette formation est une opportunité d’échange mutuel. Vous venez avec un capital d’expérience et de savoirs indispensables à la construction d’une justice adaptée à nos réalités. Il ne s’agit pas d’une formation descendante, mais d’un enrichissement mutuel », a déclaré le formateur, saluant l’engagement des participants venus de diverses localités.

Le directeur général de l’INFJ, Dr Toubaye Koné, a rappelé l’importance stratégique des deux corps concernés : « Depuis 1960, la coutume est au cœur de notre système judiciaire. Pourtant, les assesseurs coutumiers, qui siègent aux côtés des magistrats avec les mêmes pouvoirs et responsabilités, n’ont jamais bénéficié de formation spécifique. Il en est de même pour les interprètes judiciaires, sans qui l’accès à la justice pour les non-francophones serait un leurre. »
Dr Koné a également souligné les risques d’interprétations erronées et de comportements inadaptés liés à la méconnaissance des exigences déontologiques de la fonction : « Un simple geste de courtoisie dans un autre contexte peut semer le doute sur l’impartialité d’un assesseur ou fausser une audience. Il est donc crucial que ces acteurs connaissent les règles éthiques qui régissent leurs rôles. »
Le choix de Christian Diassana pour piloter cette formation n’est pas anodin. Fort d’un riche parcours — procureur, président de juridiction, directeur de l’administration de la justice, directeur des affaires judiciaires et du Sceau, puis conseiller à la Cour suprême —, il a contribué à l’élaboration du nouveau code pénal et à la réforme des textes régissant la justice coutumière au Mali.
Ce module inédit, conçu en 2023, coïncide avec la reconnaissance officielle des autorités traditionnelles dans l’architecture judiciaire du pays. Une dynamique qui pourrait ouvrir la voie à un pluralisme judiciaire fondé sur une articulation entre justice étatique et justice coutumière.
La session actuelle est la deuxième du genre, après celle organisée l’année dernière. Une troisième session est envisagée d’ici la fin de l’année, selon les moyens disponibles. La formation abordera des thèmes liés à l’éthique, à la déontologie, au rôle des interprètes dans le procès, ainsi qu’à la place et aux responsabilités des assesseurs coutumiers dans le rendu de la justice.
Alassane Cissé
