Oui, ils sont plus de 1,4 million de Maliens actuellement confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, selon les données de l’Agence de Veille et d’Alerte en Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (AVASAN). Pour remédier à ce fléau, le gouvernement et ses partenaires, notamment le PAM, ont mobilisé d’importantes ressources financières et matérielles afin de soulager les populations les plus vulnérables.

Au Mali, la sécurité alimentaire reste un défi majeur. Selon l’évaluation nationale conduite en novembre 2024 par l’AVASAN et validée par le Cadre Harmonisé, environ 1 470 114 personnes, soit 6,25 % de la population, sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë (phase 3 – crise ou pire).
Parmi elles, 100 941 personnes se trouvent en urgence (phase 4), tandis que 1 369 173 vivent déjà dans une situation de crise.
En plus de ces populations en grande difficulté, plus de 4 millions de personnes (17,15 % de la population) sont classées en situation « sous pression », ce qui accroît le risque de basculer rapidement vers la crise en cas de chocs additionnels. Les causes sont multiples : aléas climatiques, insécurité persistante dans plusieurs régions, cherté de la vie et affaiblissement du pouvoir d’achat des ménages, précise l’AVASAN.
Face à cette situation préoccupante, l’État a annoncé un Plan national de réponse (PNR) 2025, lancé officiellement le mardi dernier par le Président de la Transition, le Général Assimi Goïta, à Sogoniko, en commune VI du district de Bamako. Doté d’une enveloppe budgétaire de 12,74 milliards de FCFA, ce plan s’articule autour de plusieurs volets.
»Le premier axe porte sur la distribution gratuite de 22 700 tonnes de céréales au profit des ménages les plus touchés. Le second prévoit la mise en vente de 11 500 tonnes de riz subventionné issu du Stock d’Intervention de l’État (SIE). Le troisième, dit « volet résilience », vise à renforcer durablement la capacité des communautés à faire face aux crises alimentaires, à travers l’appui aux pisciculteurs, l’aménagement de périmètres maraîchers et la restauration des terres dégradées », a laissé entendre le Président de la transition.
En parallèle, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) soutient les efforts du gouvernement avec une contribution de 15 milliards de FCFA et 10 000 tonnes de vivres. Selon son directeur pays, M. Gian Carlo CIRRI, cette assistance couvrira les besoins de 685 000 personnes parmi les plus vulnérables. Cependant, le PAM souligne que les besoins dépassent largement les ressources disponibles : un déficit de financement de plus de 200 millions de dollars reste à combler pour répondre efficacement aux urgences humanitaires.
»L’objectif du PAM en 2025 est d’atteindre 2,3 millions de bénéficiaires, mais pour l’instant, seules 800 000 personnes ont pu recevoir une assistance », a déclaré Gian Carlo CIRRI, avant d’ajouter que »le Mali fait face à une conjonction de crises insécurité, changement climatique, inflation qui fragilise gravement les ménages ».
Pour rappel, la dernière évaluation de l’Agence de Veille et d’Alerte en Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle a classé 4 cercles en situation d’urgence (Ménaka, Kidal, Abeïbara et Tin-Essako), 7 cercles en crise (Douentza, Gao, Tombouctou, Goundam, Ansongo, Bourem et Tessalit) et 19 cercles sous pression, incluant Ségou, Mopti, Bankass ou encore les six communes du district de Bamako. Seuls 26 cercles du pays sont considérés comme étant en situation alimentaire « minimale ».
Ainsi, le gouvernement et ses partenaires entendent conjuguer assistance immédiate et mesures de résilience. La réponse ne se limite pas à soulager la faim actuelle, mais vise aussi à construire une souveraineté alimentaire durable.
Brehima Diallo
