Quand on qualifie un avis de « tendancieux », soyons honnêtes : 9 fois sur 10, ça veut juste dire « je ne suis pas d’accord ».
Le mot « tendancieux » sonne neutre, objectif. En réalité, il est souvent utilisé pour disqualifier une opinion sans avoir à l’affronter sur le fond. Plutôt que de dire « je conteste tes arguments », on dit « ton message est tendancieux », et hop, on ferme le débat.

1. On confond désaccord et malhonnêteté intellectuelle. Un avis qui dérange n’est pas forcément partial. Il est juste différent.
2. On crée un climat où seul l’avis conforme passe. À force d’étiqueter, on décourage les voix dissidentes. C’est l’antichambre de la censure.
3. C’est une forme de dictature molle. Pas de censure frontale, pas d’interdit écrit. Juste une pression sociale : si tu dis ça, tu es « tendancieux », donc tu n’es pas légitime.
Si on veut un espace de discussion sain, il faut accepter le désaccord frontal. Appelle une idée fausse, appelle-la fausse. Appelle un argument faible, appelle-le faible. Mais ne cache pas le désaccord derrière le mot « tendancieux ».
Sinon, on ne débat plus. On gère des interdits.
Issa Nabi Traoré
