Leurs visages sont connus, reconnaissables entre mille. Toujours assis au premier rang des forums(bien que fora soit le pluriel du mot en latin), posant en coulisse des dialogues dits « inclusifs », omniprésents dans les panels sur la refondation ou les « assises citoyennes », ils donnent l’illusion d’un engagement permanent…
Mais derrière leurs airs de militants infatigables se cache une mécanique bien huilée : celle de l’adaptation stratégique. À chaque tournant politique, ils inventent une nouvelle étiquette, Coalition pour la Paix, Mouvement des Jeunes pour la Transition, Cercle des Patriotes du Renouveau, Collectif de Défense de la Démocratie, ou demain peut-être Réseau des Amis de la Refondation Militaire… Leur créativité ne connaît d’autre limite que l’opportunité.
Là où d’autres donnent leur vie pour une idée, eux troquent la leur pour un poste. Là où des citoyens sincères espèrent bâtir un avenir, eux se contentent de bâtir des alliances à court terme. Ils ne se battent pas pour des causes, mais pour des accréditations. Ils n’ont pas de convictions, seulement des costumes pour chaque circonstance.
Ils ne servent pas un peuple. Ils s’en servent. Et c’est là leur plus grand danger, ils ne sont pas visibles par leur violence, mais par leur silence complice.
Ils ne prennent pas le pouvoir par la force, mais par la contamination lente du système.
Et tant que l’on confondra éloquence avec intégrité, posture avec vertu, ils continueront à grimper, à muter, à survivre à tous les régimes.
Mais il est temps de les nommer. De les dénoncer. Car dans une République malade, ces caméléons sont les cellules cancéreuses qu’il faut extirper sans pitié.
Ils parlent, oui, mais surtout, ils savent parler » juste ce qu’il faut » pour rassurer les gouvernants, séduire les diplomates et endormir les citoyens.
Leur langage est calibré, une pincée de jargon institutionnel, un soupçon de slogans patriotiques, un zest de lamentation citoyenne. À l’aise dans les salons climatisés comme dans les salles de conférence poussiéreuses, ils adaptent leur discours au menu du jour et à l’audience qui paye.
Leur morale ?
Leur morale ?
Une boussole sans nord. Aujourd’hui, ils défendent la Transition avec ferveur ; hier, ils acclamaient le multipartisme, demain, ils seront sans doute les champions d’un retour à l’ordre ancien. Ils applaudissent ce qui les nourrit, défendent ce qui les positionne, dénoncent ce qui les menace.
Leur loyauté n’est ni idéologique ni éthique, elle est transactionnelle.
Ils ne sont pas seulement des opportunistes.
Ce sont les bâtisseurs d’une imposture politique durable. ces figures qui vampirisent les institutions, brouillent les repères de la jeunesse, et transforment l’engagement citoyen en spectacle de cirque. Ils sont la raison pour laquelle le mot engagement perd son sens.
Source : Le Poing
Autorisation : Écho Média
