Face aux exigences de redevabilité et d’inclusion, l’administration locale et la société civile unissent leurs voix à Bamako pour refonder la gouvernance de proximité.
Briser la glace de la méfiance historique entre gouvernants et gouvernés, tel est l’enjeu majeur qui a réuni près d’une cinquantaine d’acteurs clés de la vie publique à Bamako. Ouvert ce mercredi 23 septembre 2026 à l’Hôtel Dunia, ce forum multi-acteurs de deux jours s’est donné pour mission de poser les jalons d’un dialogue direct, transparent et inclusif.
Porté par la Coalition pour l’Observation Citoyenne des Élections au Mali (COCEM) avec le soutien du Danemark et du Fonds d’appui aux moteurs du changement (FAMOC), ce rendez-vous ambitionne de transformer la gestion publique locale.
Présidant la séance d’ouverture, M. Mamadou Dembélé, conseiller aux Affaires économiques et financières représentant le gouverneur, a immédiatement inscrit cette rencontre dans la trajectoire historique du pays. Depuis les Assises nationales de la refondation de décembre 2021 et le dialogue inter-maliens de 2023, le Mali s’est engagé dans une réforme institutionnelle profonde, guidée par la vision stratégique de « Mali Kura » à l’horizon 2063.
Pour M. Dembélé, la réussite de ce vaste chantier ne saurait se limiter à l’adoption de nouveaux textes législatifs. Elle repose fondamentalement sur des pratiques concrètes de transparence. L’autorité administrative a ainsi rappelé que l’État doit impérativement rendre des comptes à ses citoyens pour légitimer son action.
Abondant dans le même sens, le représentant du maire de la Commune IV de Bamako. M. Mamoutou Touré a chaleureusement salué la forte mobilisation des autorités et des populations locales pour ces deux jours de travaux. Loin d’être un simple exercice de style ou une contrainte bureaucratique de plus, ce forum doit devenir, selon lui, un levier opérationnel de changement
Face aux lourds défis de l’administration de proximité, le représentant de la municipalité a exhorté la cinquantaine de participants — issus des services techniques, de la société civile, des leaders communautaires et religieux, ainsi que des médias — à s’engager pleinement. Il a ainsi appelé à des échanges francs, respectueux et constructifs, indispensables pour aboutir à des recommandations réalistes, capables de restaurer durablement le lien de confiance.
Invitée à s’exprimer sur le sens profond de cette démarche, la secrétaire générale de la COCEM, Mme Dicko Boye Diallo, a martelé une vérité essentielle : « La confiance ne se décrète pas. Elle se construit. La confiance entre les institutions et les citoyens ne se construit pas uniquement lors des élections, mais au quotidien. » Selon elle, ce lien vital se tisse jour après jour à travers l’accès à une information publique claire, une écoute mutuelle et la participation active des citoyens à la prise de décision.
Elle a également insisté sur la nécessité d’une démarche intersectionnelle et inclusive. Les discussions de l’Hôtel Dunia ont mis un point d’honneur à intégrer les groupes traditionnellement tenus à la marge des processus décisionnels : les femmes, les jeunes, les personnes vivant avec un handicap ainsi que les déplacés internes. Les réformes en cours doivent se traduire pour eux par des services publics plus accessibles et une administration réellement à leur écoute.
Durant les deux jours, l’accent a été mis sur l’identification rigoureuse des obstacles qui grippent le dialogue de proximité. Les participants ont eu la lourde tâche de faire émerger des solutions applicables à l’échelle locale.
En guise de boussole pour la clôture des travaux, M. Mamadou Dembélé a tenu à adresser une mise en garde salutaire à l’assistance : ce dialogue multi-acteurs n’aura de véritable valeur que s’il débouche sur des actions concrètes et des engagements rigoureusement suivis d’effets sur le terrain.
Aissetou Cissé
