Le ministre Wagué depuis Mopti lors de l’Émission Malikua Taasira
« L’État malien n’a de problème qu’avec les terroristes »
Invité de l’émission Malikua Taasira, le ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, M. Ismaël Wagué, s’est exprimé depuis Mopti, une région symbolique pour la paix au Mali. Il est revenu sur les efforts de l’État en matière de réconciliation, les accusations d’exactions, la fin de l’Accord d’Alger, ainsi que les projets majeurs de son département.
Depuis la Venise malienne, le ministre Ismaël Wagué a expliqué le choix hautement symbolique de Mopti pour animer cette émission. « Quand on parle de conflits intercommunautaires, on pense immédiatement aux régions du Centre, dont Mopti est le cœur historique », a-t-il rappelé. Ce déplacement constitue également sa première mission officielle dans la région en tant que ministre de la Réconciliation, hors de toute délégation gouvernementale.
Le ministre a salué les efforts menés en matière de sécurité et de dialogue, qui ont permis de réduire significativement les tensions communautaires entre Peuls, Dogons et autres groupes locaux. « Aujourd’hui, les conflits sont devenus résiduels », a-t-il affirmé, tout en soulignant la nécessité pour l’État d’accompagner les communautés souvent stigmatisées.
Face aux accusations récurrentes de violences contre les communautés peules, notamment dans la région de Mopti, le ministre a été catégorique : « Il n’y a aucune politique d’exaction contre les Peuls. Les Peuls sont partout dans l’appareil d’État et ont toujours occupé des postes stratégiques. »
Selon lui, les opérations de l’armée ciblent uniquement les groupes terroristes, quelles que soient les ethnies auxquelles appartiennent leurs membres : « Il y a des Peuls, des Dogons, des Bambaras, des Soninkés parmi eux. L’État malien n’a de problème qu’avec les terroristes. »
Revenant sur la fin de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, annoncée officiellement le 25 janvier 2024, le ministre Wagué a détaillé la fermeture des structures de mise en œuvre : suspension du CSA, de la CTS, des équipes mobiles d’observation, des MOC, et suppression des autorités intérimaires dans les régions concernées.
Toutefois, certaines structures considérées d’intérêt public, comme la Commission nationale d’intégration, la Commission DDR ou encore le Conseil national de réforme du secteur de la sécurité, ont été maintenues et relues dans une logique de continuité.
Le ministre Wagué a également évoqué les grandes initiatives menées par son département entre 2024 et 2025. Il a notamment cité :
La création du Centre pour la Paix et l’Unité (CPU), chargé de la prévention des crimes futurs ;
Les missions de bons offices sur l’ensemble du territoire pour apaiser les tensions ;
Le projet Mali Denko et l’approche DCC (Développement Conduit par les Communautés), deux instruments de développement participatif en faveur des populations ;
L’accompagnement des communautés comme les Bérabiches ou les Kelsouk pour favoriser le retour des réfugiés.
La présence du ministre à Mopti coïncidait avec la Semaine artistique et culturelle, dont il était le parrain. Une occasion qu’il n’a pas manqué de saluer : « La réconciliation repose sur plusieurs vecteurs, mais le plus important est le vecteur culturel. » Le ministre a insisté sur l’importance de la culture dans la consolidation de la paix, surtout en cette année proclamée « Année de la culture » par le président de la transition, le général Assimi Goïta.
Par cette sortie médiatique forte, le ministre Wagué a non seulement réaffirmé l’engagement de l’État malien pour une paix inclusive, mais aussi précisé que la lutte contre le terrorisme n’est dirigée contre aucune communauté. Une clarification importante dans un contexte où la cohésion sociale reste fragile, mais au centre des priorités de la transition.
Moussa Ibrahim
