cet article à été initialement publié par JVM
Lamine KEITA est un paysan du hameau de culture de Bayan, du village de Naréna, dans la commune rurale de Naréna, cercle de Kangaba, région de Koulikoro, en République du Mali. Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2025, aux environs de 20h44, Le Journal Vert du Mali JVM-Mali a reçu une vidéo de détresse d’un paysan où on pouvait entendre « … plus de cent manguiers (Manguiferaindica), plus de 10 citronniers (Citrus limon/Citrus meyeri) ou orangers (Citrus sinensisaurantium) et plus de 30 anacardiers (Anacardium occidentale) ont été dessouchés dans mon champ que j’ai refusé de vendre à des chinois, en plus ils ont détruit mon champ de riz dans la nuit … J’avais été appelé de leur part pour me dire de passer récupérer 6 millions pour leur céder mon champ, je leurs ai répondu que mon champ n’est pas à vendre, ils m’ont proposé par la suite 8 millions, je leurs ai dit niet …». Cette vidéo ayant fait la virale sur les réseaux sociaux, le lendemain, 3 janvier 2025, une délégation des services techniques de l’état s’est rendue dans le hameau de Bayan et la chaîne nationale, ORTM, était présente pour la couverture médiatique, ainsi au journal télévisé de 20h du 3 janvier 2025, on a découvert ce qui suit « … pour les compensations, on a payé plus de 300 et quelques millions, quant à ce monsieur, arrivé à son champ, il a posé des problèmes, …, la compensation de la plantation touchée par les travaux s’élève à une somme de 10 millions de francs FCFA, disponible à la mairie, le bénéficiaire estime qu’il lui faut 200 millions de francs FCFA… ». Effectivement, monsieur Lamine KEITA réclamait dans le même élément du journal télévisé la somme de 200 millions FCFA en ces termes dans la langue locale, le malinké, « Ayé million kéméfila douman » !
La juridiction du Mali autoriserait les agents du service public et des collectivités à dédommager ce paysan à hauteur de 10 millions de francs FCFA, tout en autorisant les exploitants miniers de faire des excavations sur ses terres agricoles dont il aurait hérité de ses parents. Cette même juridiction autorise les commerçants à vendre leurs produits à des prix différents, elle autorise les vendeurs de bétails à vendre leurs bétails à des prix différents, elle autorise les restaurant à vendre les plats à des prix différents, pareil pour plein d’autres secteurs économiques. Mais pour dessoucher le manguier/citronnier qui a été planté et entretenu par le paysan sur toute l’étendue du territoire national, on paye le même prix partout, alors que les opérateurs miniers au profit de qui les paysans cèdent leur seule et unique source de revenu, qu’est la terre, s’enrichissent à des niveaux différents !
Quand la route doit passer quelque part où il y a un titre foncier, le propriétaire n’est pas obligé de céder, c’est plutôt la route qui doit dévier. Mieux, le détenteur du titre foncier peut fixer le prix qu’il veut afin qu’il cède son terrain, mais quand il s’agit d’appliquer le permis minier, le paysan n’a pas le droit de fixer le prix des efforts qu’il a fourni pour planter et entretenir des plantes, c’est plutôt un arrêté qui fixe ce prix dont il est obligé d’accepter.
Dans tous les discours officiels ainsi que dans tous les documents officiels, il est écrit en lettre de diamant que l’agriculture est le pilier principal de l’économie du Mali, au même moment la loi fragilise autant le facteur indispensable de production agricole, qui est la terre, sans laquelle, le paysan sera obligé d’embrasser un autre métier peu importe son âge. Des bureaucrates, des responsables politiques, ceux de la société civile, des entrepreneurs et des leaders d’opinion d’aujourd’hui ont été des paysans d’hier et retourneront certainement à la terre dès que possible, hélas, ce sont les mêmes qui se sont battus à corps et âmes afin que la juridiction soit au désavantage du monde paysan malien. Malheureusement, ils n’ont jamais réfléchi afin de proposer au paysan une solution concrète pour mettre le titre foncier sur un terrain à plusieurs propriétaires, comme c’est le cas dans les villages maliens, où des frères ont hérité de leur unique père des terres agricoles !
S’il est vrai que l’agriculture représente plus de 80% de la population active du Mali, comment peut-on se développer pendant que le facteur indispensable de production agricole, c’est-à-dire la terre, peut-être retiré ainsi afin d’enrichir ceux qui ont opté pour un autre métier, pire ceux qui sont venus d’ailleurs ?
Les autorités militaires, les autorités politiques, administratives, municipales, les enseignants-chercheurs, les chercheurs, la société civile, les entreprises, les médias,…, doivent se donner la main afin de réviser la juridiction nationale pour que le paysan ait la place qu’il mérite dans le but d’assurer le développement économique endogène.
Quand la volonté politique s’affirme, l’environnement est mieux protégé.

Source: JVM
