Pour le Mali, la finance islamique constitue bien plus qu’un instrument alternatif de financement : elle représente un levier stratégique de transformation économique, financière et institutionnelle.
Dans un contexte de contraintes budgétaires, de besoins massifs en infrastructures et de recherche de solutions endogènes et durables, elle offre des mécanismes adaptés, adossés à l’économie réelle et compatibles avec les impératifs de stabilité macroéconomique.
Les sukuk peuvent permettre à l’État de financer des infrastructures structurantes – routes, barrages, énergie, agriculture irriguée, logements sociaux – sans recourir aux schémas classiques d’endettement à intérêt. Les instruments de partenariat (musharaka, mudaraba) peuvent, quant à eux, dynamiser le financement des PME, de l’agriculture familiale et de l’entrepreneuriat des jeunes et de la diaspora. La finance sociale islamique (zakat, waqf, qard hasan) peut renforcer les politiques publiques en matière d’inclusion financière, d’éducation et de protection sociale.
Cependant, pour tirer pleinement parti de ces opportunités, le Mali doit relever un défi central : le développement du capital humain et de l’expertise nationale. La finance islamique repose sur une ingénierie juridique, financière et comptable spécifique, qui nécessite des compétences pointues et interdisciplinaires.
C’est pourquoi il apparaît stratégique d’encourager la création de chaires d’enseignement et de recherche en finance islamique au sein des facultés maliennes – notamment dans les universités publiques, les facultés de sciences économiques, de droit et de gestion, ainsi que dans les écoles de commerce et d’ingénierie financière.
Ces chaires auraient pour missions :
la formation de cadres spécialisés pour l’administration publique, les banques, les institutions de microfinance et le secteur privé ;
la recherche appliquée sur l’adaptation des instruments de la finance islamique aux réalités économiques maliennes (agriculture, décentralisation, PME, collectivités territoriales) ;
l’appui technique à l’État dans la structuration de sukuk souverains et de projets innovants ;
la coopération académique internationale avec des universités et institutions spécialisées du monde arabe, d’Asie et d’Afrique ;
la sensibilisation et la vulgarisation auprès des décideurs, opérateurs économiques et de la diaspora.
En investissant dans l’enseignement et la recherche en finance islamique, le Mali poserait les bases d’une appropriation souveraine de cet outil, réduisant sa dépendance à l’expertise extérieure et renforçant la crédibilité de ses projets auprès des investisseurs internationaux.

Ainsi conçue, la finance islamique ne serait pas seulement un mécanisme de financement, mais un pilier stratégique de développement, de souveraineté économique et de montée en compétences nationales, au service d’un Mali résilient, inclusif et tourné vers l’avenir.
Mamadou Lamine BANE
Vice-président de l’association Imam Malick Ibn Anas

