Investir dans l’eau pour bâtir la paix : un projet transfrontalier pour renforcer la résilience entre le Mali, la Mauritanie et le Sénégal
Les gouvernements de la Mauritanie, du Mali et du Sénégal, avec l’appui du système des Nations Unies, ont lancé le 19 janvier dernier à Nouakchott un ambitieux projet transfrontalier destiné à faire de l’eau un vecteur de coopération, de résilience climatique et de consolidation de la paix dans les zones frontalières des trois pays sahéliens.
Baptisé « Investissement transfrontalier autour de la gestion de l’eau, de la sécurité climatique et de la consolidation de la paix », ce programme marque une volonté commune d’agir face à la raréfaction des ressources hydriques et à la pression croissante exercée par les changements climatiques sur les communautés frontalières.
Dans la ville de Kayes, une étape décisive d’appropriation locale du projet a été franchie ce 16 février. Les autorités administratives, techniques et coutumières ont tenu une rencontre de concertation en présence des équipes de l’UNICEF, de l’OIM et du Fonds pour la Consolidation de la Paix (PBF).
Objectif : adapter les orientations générales du programme aux réalités spécifiques des zones frontalières du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal, tout en renforçant la dynamique locale de coopération et les initiatives déjà engagées en matière de cohésion sociale et de résilience climatique.
Financé à hauteur de 7 millions de dollars américains dont 2,5 millions destinés au Mali le projet sera mis en œuvre sur 24 mois. Il est placé sous le leadership du gouvernement malien et exécuté conjointement par l’UNICEF et l’OIM dans chacun des trois pays.
Les zones ciblées incluent : En Mauritanie : Guidimakha, Gorgol, Assaba et Hodh El Gharbi, Au Mali : la région de Kayes et le cercle de Nioro, Au Sénégal : Tambacounda, Matam et Kédougou
Au total, plus de 151 000 personnes bénéficieront directement des actions du projet femmes, enfants, jeunes et communautés transhumantes tandis que 535 000 habitants des zones frontalières devraient en bénéficier indirectement.
Le projet prévoit notamment : la construction et la réhabilitation d’infrastructures hydrauliques résilientes ;le renforcement des mécanismes communautaires de prévention et de gestion des conflits liés à l’accès aux ressources en eau ;
la mise en place et la consolidation de systèmes d’alerte précoce pour mieux anticiper les chocs climatiques.
Pour le gouvernement malien, l’enjeu est stratégique. « La gestion durable et concertée des ressources en eau dans un contexte de changement climatique n’est plus une option, c’est une nécessité impérieuse », a rappelé Moussa Bilane, représentant de l’État malien, lors du lancement à Nouakchott.
Dans les zones sahéliennes, où la pression démographique et les aléas climatiques exacerbent les tensions entre communautés sédentaires et mobiles, l’accès à l’eau constitue un facteur sensible. En mobilisant cette ressource comme point d’entrée, le projet ambitionne de promouvoir une gouvernance concertée et inclusive, fondée sur le dialogue et la participation des femmes, des jeunes et des populations transhumantes.
Fruit d’un long processus de consultation dans les trois pays, l’initiative commencera par de nouvelles concertations communautaires afin d’affiner les priorités locales. Elle s’appuiera sur les autorités nationales et locales, les organisations communautaires ainsi que les acteurs régionaux, dont l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), pour garantir la cohérence avec les cadres existants et assurer la durabilité des résultats.
Moussa Ibrahim
