FORUM NATIONAL SUR L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE ET L’AGRO-ECOLOGIE, FONDS BILL GATES ?
Forum national sur l’agriculture biologique et l’agro-écologie-Mali 2025 (FNBIO), c’est parti ce jeudi, au Mémorial Modibo Keïta de Bamako. L’importante réunion, qui s’étendra sur quatre jours, jusqu’au dimanche, 30 novembre, porte sur une question essentielle de la vie de la nation, cela saute aux yeux. L’agriculture, au Mali comme ailleurs, est une question vitale, et une préoccupation majeure pour les Maliens qui aspirent légitimement à la souveraineté alimentaire pour laquelle le Ciel a été généreux qu’existe la terre sur laquelle vivent les hommes. Bien averti des questions de développement, en particulier des plus-values à tirer de la terre, notre compatriote, Dr. Modibo Hamadoun Bocoum, consultant international senior, président du Groupe Pivot Emploi Sahel, spécialiste en stratégie de développement et membre du Forum Euro-consultant à Genève, assurait sur DIAWANDO MEDIA que « nous avons le meilleur pays au monde pour s’auto-suffire sur le plan alimentaire… A l’exception du Mali, il n’y a aucun pays d’Afrique qui dispose de deux grands fleuves qui parcourent le pays de long en large toute l’année, et à droite et à gauche desquels il existe des espaces agro-cultivables extraordinaires. Et l’agro-culture malienne, elle est vraiment malienne parce que, d’acquis ancestraux, nous sommes des agriculteurs. Nous faisons l’agriculture végétale, l’élevage et le potentiel de l’écosystème est là Malheureusement le problème, c’est nous-mêmes. Nous continuons à importer du riz alors que l’Office du Niger et d’autres offices sont nôtres ; nous continuons également d’importer massivement du blé pour la farine destinée aux usines… ce n’est pas normal du tout… au Mali, on ne doit pas importer du riz, du blé, de l’huile alimentaire, du sucre, etc., c’est inacceptable » Poursuivant son analyse, Dr. Bocoum affirme : « Si l’AES le veut et si elle s’y applique, elle peut devenir une puissance agricole en Afrique, un grenier extraordinaire. Voyez le potentiel, le foncier agri-cultivable au Burkina Faso, au Mali et au Niger, voyez les deux fleuves (le Niger et le Sénégal partant de la Guinée pour traverser les Républiques du Mali et du Niger), en plus du Sourou au Burkina Faso, et ajoutez la quantité d’eau souterraine qui existe dans les trois pays de l’AES, il n’en existe autant nulle part dans le monde, je le dis d’abord en tant qu’ingénieur avant d’évoquer d’autres diplômes. Regardez, on a fait la PAC (Politique Agricole Commune) en Europe)… » Ces détails nous ont paru nécessaire au moment où s’ouvre ce matin le FNBIO, le rappel profitant toujours aux sincères. Dans cette veine, il faut également rappeler que dans la Loi de Finance 2025 révisée (06 août dernier, soit quelques deux mois avant l’ouverture de la session d’octobre du CNT, le budget de l’agriculture a diminué de 273, 236 milliards FCFA à presque 246 milliards (exactement 245, 704 milliards FCFA), soit une diminution de 27, 532 milliards FCFA. Quant aux loisirs (jeunesse principalement), la Culture et les Cultes regroupés, leurs budgets ont augmenté de 38, 980 milliards FCFA à 116,221 milliards FCFA (soit une augmentation de 77, 241 milliards FCFA). Au regard des impératifs nationaux que nul ne devrait ignorer, quelle explication, cohérente, avancer pour justifier la diminution du budget de l’agriculture alors que celui des réjouissances et des cultes prend l’ascenseur ? Se réjouir (chanter, danser, aller au parc, etc.) est-il prioritaire pour les Maliens qu’assurer les conditions indispensables de la sécuritaire alimentaire ? Il y a comme une méprise, ne serait-ce que symboliquement, voire une faute qui déroute, avec la baisse, même d’1 FCFA, du budget de l’agriculture : on aurait dû, au pire des cas, le maintenir inchangé. L’importation du riz et de tous les produits nécessaires à nos besoins calorifiques n’est pas une panacée, c’est du commerce, aux couleurs de la spéculation qui ne bénéficie qu’à des bandes organisées.
Il nous faut rappeler que depuis 1969 qu’il existe, 56 ans maintenant, l’Institut Polytechnique Rural (IPR) de Katibougou, rebaptisé Institut Polytechnique Rural de formation et de Recherche Appliquée (IFRA /IFRA) forme des ingénieurs d’agriculture et des agronomes, sans compter quelques Ecoles secondaires d’où sont sortis un bon nombre de moniteurs d’agriculture, des contingents qui valent normalement une vraie armée du Développement, à l’échelle locale et pour un maillage édénique de tout le pays. Il y a quelques mois, Modibo Sanogo, jeune analyste financier, publiait une réflexion dans nos colonnes, dans laquelle il disait : « Le Mali se trouve aujourd’hui à une croisée décisive. Trois piliers structurent son avenir économique : l’or, qui demeure la principale source de devises ; le lithium, ressource émergente au cœur de la transition énergétique mondiale ; et l’agriculture, socle social et civilisationnel qui nourrit la majorité de la population. Chacun de ces secteurs porte en lui une promesse, mais aussi un risque… L’Égypte, avec le Nil, et le Vietnam, avec sa riziculture irriguée, montrent qu’une agriculture organisée peut devenir la base d’une souveraineté réelle. C’est à la lumière de ces expériences et de ces réflexions que nous devons poser la question centrale, entre l’or, le lithium et l’agriculture, quel choix stratégique permettra au Mali de transformer sa richesse en puissance souveraine, juste et durable, à court, moyen et long termes. Allons interroger l’histoire… » Il convient sans doute, par honnêteté et en raison de l’exigence patriotique, de rappeler aux doctes personnalités qui participent au FNBIO que leur rencontre a été précédée par l’annonce faite par la Fondation de Bill Gates d’accorder une aide d’1,4 milliard de dollar sur quatre ans aux agricultures. Cette offre a été jugée suspecte par Dr. Oumar MC Koné, Professeur d’Enseignement supérieur, expert en géopolitique et non moins ancien chef de la MARE (Mission d’Appui à la Refondation de l’Etat), qui a rappelé les ravages du financement de la même Fondation Bill Gates dans l’affaire du Covid-19, avec le solde douloureux des filles stérilisées à vie en Afrique, les affres des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) toujours financés par le « philanthrope américain », et de conseiller : « Aujourd’hui, pourquoi Bill Gates n’aide pas les pays africains à renforcer leurs systèmes de défense et de sécurité ? Ça n’a pas de sens d’épauler l’agriculture quand le pays est dévasté par le terrorisme. Les Africains doivent mieux penser, mieux réfléchir, pour ne pas se laisser embobiner dans des circuits du serpent qui se mord la queue. Autrement, nous ne nous en sortirons pas… » Il reste à souhaiter que les quatre jours de la rencontre du FNBIO ne riment pas avec la pêche des fonds perfides annoncés par la Fondation Bill Gates sur quatre ans ».
Amadou N’Fa Diallo
Source : journal Le National n° 739 du jeudi, 27 novembre 2025.
