Éditorial : LE MALI PEUT FAIRE LUI-MÊME SON PORT FLUVIOMARITIME DE KAYES COMME LES ÉTHIOPIENS ONT RÉALISÉ LEUR BARRAGE DE LA RENAISSANCE AU PRIX DE COLOSSAUX EFFORTS NATIONAUX
Nous sommes peut-être à quelques treize petits jours d’un drame national, le hold-up définitif sur le Port fluviomaritime de Kayes que l’impérialisme est en passe d’opérer par l’OMVS, son bras armé contre, hier le Soudan Français, aujourd’hui la République du Mali. En effet, la 78ème Session de l’Organisation pour la mise en valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) tenue à Nouakchott au début de cette année (30 et 31 janvier 2026) a retenu la date de ce 26 avril pour le lancement des travaux d’aménagement du fleuve Sénégal. Aussitôt, les Maliens et des experts internationaux non maliens mais soucieux de justice ont multiplié les communications pour faire prévaloir le bon droit du Mali à disposer de son couloir naturel d’accès à la mer, avec tous les avantages en sa faveur. Des patriotes maliens vivant au Canada avaient eu, pour cela, la bonne idée de mettre l’affaire au cœur du débat et des préoccupations légitimes de la nation malienne. Le National, votre organe patriotique, a joué avec acharnement sa partition dans ce combat en exhumant partout où elles sont cachées les bonnes preuves qui fondent la légitimité du Mali à (re)disposer de son port fluviomaritime de Kayes. L’annonce faite à Nouakchott à la fin du mois de janvier passé, perfide et criminelle, atteste par elle-même l’inavouable tartufferie de l’organisation à sevrer pour de bon le Mali d’un don que le ciel lui a fait. Comment comprendre et accepter que c’est plus de cinq décennies après sa création que l’OMVS met les bouchées doubles pour « aménager le fleuve Sénégal », un projet sans cesse galvaudé, mais jamais mis en œuvre ? C’est parce qu’aujourd’hui, tout simplement, il faut accélérer le hold-up, par la stratégie de la mise devant le fait accompli. Réagissant à nos publications fort documentées sur le Port fluviomaritime de Kayes, un compatriote avait attesté : « Sujet de haute importance nationale dont tous les Maliens doivent faire leur priorité. Sur X (ex-tweeter), j’ai publié plusieurs postcures sur ce sujet. Votre article est une sorte de wake up call. Et surtout, il est publié juste au bon moment, avant le début des travaux. Nous ne devons rien lâcher à l’OMVS dont tous les autres membres profitent, peut-être sauf la Guinée… »
Dans notre présente édition, le Doyen Bréhima Traoré, auteur du livre « LE MALI N’EST PAS UN PAYS ENCLAVÉ », fonctionnaire à la retraite, Médaillé du Mérite de l’Indépendance, qui mène une bataille opiniâtre sur la question sur plusieurs fronts, après avoir rappelé l’importance du Port fluviomaritime de Kayes, pose la question existentielle : « Comment un Port, doté de telles potentialités industrielles, commerciales et économiques, peut-il être aussi simplement supprimé par l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS), en présence d’un Délégué Malien au Haut-commissariat de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) ? » Il rappellera, à l’attention du Président Assimi Goïta et aux Maliens l’agenda caché : « Ce programme d’aménagement (projeté par l’OMVS rend le Mali toujours dépendant du Port de Saint-Louis, les opérateurs économiques maliens obligés de procéder au transbordement de leurs cargaisons, des bateaux de mer dans des Barges ou Trains de Barge, pour arriver à Ambidédi. En décembre 1992, au moment où le Poste de Haut-Commissaire de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) était tenu par un Délégué mauritanien, le Mali a été pris au piège de ce transbordement, avec le décrochage du tronçon Ambidédi-Kayes, de tous les programmes d’aménagement du fleuve et de la création d’un Port nouveau à Ambidédi, qui devient, ainsi, le Terminus du trafic fluvial. Le véritable piège réside dans le remplacement du Port de Kayes possédant la même capacité d’accueil et d’équipements logistiques que Saint-Louis par un Port nouveau à Ambidédi incapable de recevoir les mêmes capacités (gabarits) de navires que Kayes. Ambidédi a été créé pour ne recevoir que de petites embarcations appelées Barges ou Trains de Barges, autotractées, poussées ou remorquées. Un bateau de mer ne peut pas mouiller au Port de Ambidédi, il est obligé de transborder son contenu dans des Barges ou Trains de Barges à Saint-Louis, pour acheminer les produits jusqu’au Port de Ambidédi » Alors, si les cargos, les bateaux de mer, ne peuvent plus venir accoster à Kayes, le projet ne révèle-t-il pas son visage ? Le coût modique (7,38 milliards FCFA) indique l’autre aspect de la fausseté du projet OMVS. Il s’y ajoute la tromperie qu’il n’y a plus de place à Kayes car les agglomérations ont empiété sur le domaine de l’ancien port de Kayes. Argument des plus spécieux au regard des réalités historiques dans le monde où l’on répertorie facilement de gigantesques travaux qui ont toujours nécessité, pour des raisons d’intérêt public, la libération d’importantes d’occupations, de déplacement mêmes de localités et autres sites pour réaliser de stratégiques ouvrages (barrages de Sélingué, de Manantali au Mali, etc., ailleurs aussi). Ce que l’impérialisme redoute et qu’il veut éviter à tout prix, c’est que la réouverture du Port fluviomaritime de Kayes (exploité par la France pendant près de 107 ans) impactera très négativement sur le Port de Dakar… Bref, les Maliens retiennent leur souffle : Assimi Goïta laissera-t-il s’opérer la pose de la première pierre du machin OMVS le 26 avril prochain ? A-t-il déjà accepté l’anéantissement du précieux bien national sur l’autel des sacrifices des impérialistes ? En l’absence de préparatifs constatables de l’évènement, d’envoi de cartons d’invitation à la cérémonie, on peut espérer que l’affaire est renvoyée à la Saint-Glinglin. En attendant que le Mali s’organise pour aménager son Port de Kayes. Comme les Ethiopiens ont réalisé, au prix d’efforts colossaux nationaux, leur Barrage de la Renaissance.
Amadou N’Fa Diallo
Source : journal Le National n° 775 du lundi, 13 avril 2026.
