Crise à l’athlétisme malien : La justice tranche contre les abus du pouvoir du ministère des sports
Le ministère de la jeunesse et des sports à travers la direction nationale des sports dans la gestion des fédérations sportives avait retiré l’agrément de la Fédération Malienne de l’athlétisme dirigée par Aminata Sangaré KEITA et la cour suprême a rendu l’arrêt n°284 du 11 décembre 2025 visant l’annulation du retrait d’agrément visant la Fédération Malienne d’Athlétisme, la haute juridiction administrative confirme ce que beaucoup dénonçaient déjà : une dérive administrative dangereuse, marquée par l’arbitraire, le mépris des textes et une ingérence politique préoccupante. C’est pour informer l’opinion publique nationale que les représentants de la fédération ont animé samedi 14 mars 2026 au Comité Olympique National et Sportif du Mali (CNOSM) par rapport à la situation.
Il faut d’abord rappeler que le litige a commencé avec la décision ministérielle d’août 2025 retirant l’agrément de la fédération dirigée par Aminata Sangaré Keïta et installant un Comité de normalisation (CONOR). Or, selon la Cour suprême, cette décision souffrait de graves irrégularités : absence de motivation factuelle et juridique ; défaut de notification à la fédération concernée ; violation des procédures prévues par la loi ; non-respect de l’obligation de consulter les structures techniques compétentes.
La justice a notamment souligné que le ministère n’avait pas sollicité l’avis du Comité National Olympique et Sportif du Mali, pourtant exigé par la législation malienne sur le sport avant toute sanction grave. Autrement dit, la décision était juridiquement fragile dès son origine. L’arrêt révèle également une contradiction troublante. D’un côté, le ministère retirait l’agrément de la fédération, de l’autre, ses services poursuivaient un recours judiciaire parallèle contre une décision antérieure de la même Cour suprême.
Pour les juges, cette démarche traduit une incohérence administrative et une volonté manifeste de contourner la justice. Cette dualité de stratégie fragilise la crédibilité de l’État et alimente le soupçon d’un usage politique du droit. Certes, le ministère a justifié sa décision par des dissensions internes au sein de l’athlétisme malien : factions rivales ; blocage institutionnel ; perte de crédibilité ; paralysie des compétitions.
Mais la Cour rappelle implicitement une vérité fondamentale : le désordre interne ne peut pas justifier l’illégalité administrative. Dans un État de droit, la procédure reste la règle. Cette affaire pose donc une question essentielle : le ministère a-t-il cherché à arbitrer une crise ou à imposer une solution politique ?
Autre fait troublant : la Fédération internationale d’athlétisme aurait exprimé son inquiétude face à ce qu’elle perçoit comme une ingérence politique. Cette situation expose le Mali à des sanctions sportives, voire à une marginalisation internationale, dans un contexte où le pays a pourtant besoin de rayonnement et de stabilité.
Au-delà de l’athlétisme, cette décision crée un précédent dangereux, en effet, si un ministre peut retirer un agrément sans motivation, sans notification et sans consultation, aucune fédération sportive n’est à l’abri. Cela pose plusieurs risques comme la fragilisation du mouvement sportif ; la politisation des structures ; la perte de confiance des partenaires ; la paralysie du développement du sport national.
Cette affaire survient dans un Mali en quête de refondation. Et les juges de rappeler, et juste titre, que la crédibilité de cette refondation repose d’abord sur le respect des règles. Cela est d’autant plus vrai que l’État ne peut exiger la discipline et la légalité des citoyens tout en s’affranchissant lui-même de la loi.
L’arrêt de la Cour suprême apparaît comme un signal d’alarme. Il interpelle directement le ministère des Sports ; la Direction nationale des Sports ; les autorités de transition. En effet, la gouvernance sportive doit sortir des luttes de clans et revenir à la transparence, la neutralité, la compétence, le respect des textes. Car au-delà des querelles administratives, c’est l’avenir du sport malien qui est en jeu.
Alassane Cissé
