Célébration de la journée internationale des droits de l’homme 2025
Le Samusocial Mali publie un rapport révélant l’ampleur de la détresse des enfants de la rue
À l’instar de la communauté internationale, le Mali a célébré, le 10 décembre 2025, la Journée internationale des droits de l’homme. Le thème choisî était : « Renforcer l’accès des personnes vulnérables aux services fondamentaux et leur protection contre les violations de droits en période de crise ». La cérémonie, co-organisée par le Samusocial Mali et la Coalition Malienne des Droits de l’Enfant (COMADE), s’est déroulée à l’Hôtel de l’Amitié de Bamako, sous la présidence du représentant de la ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, en présence de plusieurs personnalités.
Au cours de son intervention, le Directeur de Samusocial Mali, M. Alou Coulibaly a rappelé que, la Journée internationale des droits de l’homme est célébrée chaque année le 10 décembre.
Selon lui, cette date commémore l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948.
A cet effet, elle souligne la pertinence des droits humains comme force unificatrice pour l’humanité et de rappeler la nécessité cruciale de les protéger pour bâtir un avenir meilleur, en particulier face aux crises mondiales actuelles.
En plus, elle a pour objectif de : réfléchir aux progrès et défis des droits de l’homme , sensibiliser le public, encourager les actions en faveur de la promotion des droits, évoquer les violations subies par certaines catégories sociales et plaider contre les discriminations, les inégalités et l’injustice.
Placé sous le thème : « Renforcer l’accès des personnes vulnérables aux services fondamentaux et leur protection contre les violations de droits en période de crise », l’objectif visait à mettre en lumière les risques accrus de violations des droits fondamentaux auxquels sont exposées les couches sociales les plus fragiles au Mali, exacerbés par une crise multidimensionnelle persistante (insécurité, instabilité politique, défis socio-économiques).
À cette occasion, Samusocial Mali a procédé à la remise officielle du rapport d’enquête sur les violations des droits des enfants en situation de rue à Bamako, fruit de ses travaux menés cette année, à la DNDH et aux défenseurs des droits humains.
Cette enquête annuelle, menée par le Service Social des Missions (SSM) en partenariat avec des défenseurs des droits humains au Mali, vise à documenter et diffuser les violations subies par les enfants des rues afin de mobiliser une action collective pour défendre leurs droits auprès des institutions maliennes.
<< Réalisée par le canal de deux consultants indépendants, cette enquête a mis en exergue la privation des enfants vivant en rue de droits fondamentaux reconnus par la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) et la Charte africaine des droits et du bien-être des enfants (CADBE) >>, a-t-il déclaré.
En effet, le Directeur Alou Coulibaly a énuméré de manière frappante les cas de violations des droits des enfants, s’appuyant sur les témoignages recueillis auprès des 135 enfants rencontrés au cours de l’enquête. Les résultats dressent un tableau sombre de leur réalité quotidienne, marquée par de multiples exclusions et violences.
Tout d’abord, les données sur le contexte de vie de ces jeunes sont éloquentes : 91 % d’entre eux ont encore leurs parents vivants, et 90 % déclarent avoir vécu avec leur famille avant de se retrouver à la rue, ce qui suggère un processus de rupture familiale brutal plutôt qu’une absence de racines. Pourtant, le sentiment de discrimination est omniprésent, puisque 83 % estiment ne pas être traités comme les autres enfants. À cela s’ajoute une vulnérabilité administrative majeure, 28 % déclarant n’avoir jamais eu d’acte de naissance, un document pourtant fondamental pour l’accès aux droits civils.
Le rapport met ensuite en lumière la prévalence des violences subies. Les enfants sont confrontés à une violence multiforme : 47 % déclarent avoir subi des violences physiques au sein de leur propre famille avant de partir, tandis que, dans la rue, les violences des passants et d’autres personnes sur leurs sites de vie touchent 43 % d’entre eux. Fait aggravant, 37 % disent avoir été victimes de violences de la part des forces de l’ordre, censées les protéger.
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L’exclusion des services essentiels est également criante. Sur le plan de la santé, 65 % se sentent rejetés par les agents de santé. Concernant l’éducation, le décrochage scolaire est massif : 29 % n’ont jamais été scolarisés et 71 % ont arrêté l’école, dont 68 % au niveau du premier cycle. Enfin, l’interaction avec le système judiciaire est majoritairement répressive : 51 % des enfants ont été arrêtés au moins une fois, et 36 % déclarent avoir fait de la prison.
En conséquence, ces chiffres démontrent de manière irréfutable que les enfants en situation de rue sont non seulement exclus et extrêmement vulnérables, mais qu’ils se voient également privés d’un avenir digne, nécessitant une intervention urgente et coordonnée.
Aussi, le Samusocial Mali a œuvré pour que 80 jeunes soient formés en maquillage, aviculture, en tatouage au henné et pisciculture, etc. Parmi eux, 30 ont décroché chacun un job de chauffeur et 25, dont un garçon, ont reçu des kits de maquillage et de coiffure esthétique.
Pour lui, l’objectif final est de créer un lien et de permettre à ces enfants de quitter le monde de la rue pour une vie stable et digne.
En bref, le Samusocial met en lumière la détresse des Personnes déplacées internes (PDI) à Bamako, victimes collatérales du conflit, dont les droits fondamentaux sont bafoués, nécessitant une mobilisation accrue pour leur protection et leur accès aux services essentiels.
Toutefois, Samusocial a brossé le portrait d’une crise humanitaire profonde où des milliers de personnes, déjà déracinées, font face à une lutte quotidienne pour leur survie, confrontées à des pénuries chroniques de services essentiels, à de graves atteintes aux droits de l’enfant et des femmes, et à un tarissement progressif de l’aide internationale indispensable.
Pour clore son discours, il a remercié les partenaires techniques et financiers (UE, Coopération Monégasque, Fondation Mérieux, etc.) pour leur soutien crucial qui rend possibles nos actions auprès des plus vulnérables.
En marge de la commémoration, 25 jeunes parmi lesquels un garçon ont reçu des kits de maquillage et de coiffure.
Aissetou Cissé
