Affaire Yaya Cissé : Le cri du cœur d’un fils et l’ultime recours juridique pour briser 14 ans d’injustice.
Quatorze ans de détention n’ont pas entamé la détermination de ses proches. Réuni ce lundi 30 mars au siège du collectif « Justice pour Yaya Cissé », le comité de soutien au détenu malien a lancé un appel pressant aux autorités de Bamako et de Nouakchott. Invoquant une « erreur judiciaire manifeste », le collectif exige désormais la libération définitive d’un homme dont le transfèrement récent au Mali marque, selon eux, le début de la fin d’une injustice qui dure depuis 2012.
Un combat pour la dignité
Le sort de Yaya Cissé a franchi une nouvelle étape avec son transfèrement au Mali en avril 2025 pour y purger sa peine, après treize années passées dans les geôles mauritaniennes. Devant un parterre de journalistes, le président du collectif, Kalil Sarmoye Cissé, a exhorté les deux États à « pleinement parachever » le processus entamé par son rapatriement. Pour ses soutiens, maintenir Yaya Cissé derrière les barreaux après quatorze ans d’épreuves serait une offense à la « justice, la compassion et l’humanité ».
Un cri du cœur familial
La rencontre a été marquée par des témoignages poignants. Abdoulaye Cissé, le fils aîné du détenu, n’avait que six ans lors de l’arrestation de son père en 2012. Aujourd’hui âgé de 20 ans, il a exprimé une attente simple : « Je demande aux autorités de tout faire pour le libérer. Il me manque beaucoup. »
Sa fille, Kadidia Cissé, a quant à elle alerté sur l’état de santé précaire de son père, qui souffre de deux maladies chroniques nécessitant une prise en charge urgente à la prison de Kénioroba. Elle a appelé le Président de la transition, le Général Assimi Goïta, à s’impliquer personnellement pour mettre fin à ce calvaire.
L’expertise juridique : une faille manifeste
Incarcéré pour un crime qu’il a toujours nié — preuves de son absence des lieux à l’appui —, Yaya Cissé bénéficie du soutien constant d’Aguibou Bouaré, ancien Président de la CNDH. Ce dernier est formel : après une expertise technique rigoureuse, il apparaît que le dossier souffre de failles graves, notamment des témoignages contradictoires et une violation du droit à un procès équitable.
M. Bouaré est revenu sur ses concertations passées en Mauritanie avec le ministre de la Justice et le président de la CNDH locale, qui ont corroboré l’existence de ces « zones d’ombre » critiques. Pour la défense, le dossier est entaché d’irrégularités telles qu’une révision est impérative.
L’objectif : obtenir un pourvoi d’ordre
Le collectif fonde désormais ses espoirs sur des « éléments factuels nouveaux » pour prouver l’innocence de l’ancien secrétaire général du Conseil régional des Maliens de Rosso. Le levier juridique identifié est le pourvoi d’ordre : une procédure exceptionnelle permettant au ministre de la Justice mauritanien d’ordonner la révision d’un procès.
Toutefois, il appelle désormais la diplomatie malienne à maintenir une pression constante sur Nouakchott. Qu’un nouveau jugement se tienne au Mali ou en Mauritanie, l’enjeu reste le même : faire reconnaître officiellement cette méprise judiciaire et rétablir la vérité pour cet ancien leader respecté de la diaspora.
Aissetou Cissé
