Éditorial: DE CHAMALIÈRES À LA BRETAGNE, LE MALI CONDUIT À GOLGOTHA ?
Tout beau, tout neuf, avec le visage lumineux et rayonnant d’un senior rajeuni de 40 ans, non pas du fait d’une main experte de maquilleuse avant une interview solennelle à la télévision nationale, mais parce qu’auréolé à lui accordée par le peuple un mois avant à l’issue des Assises Nationales de la Refondation (ANR), Son Excellence Abdourahamane Tiani, tout élevé au grade de général d’Armée, a prêté serment en qualité de président de la République du Niger pour cinq ans. Le Niger sort ainsi de la Transition. L’évènement, qui a eu lieu le 26 mars 2025, tutoie beaucoup l’actualité et l’histoire du Mali, pays où la reprise de l’initiative historique par l’Afrique a commencé le 18 août 2020. Cette date marquait le 34ème anniversaire de ce que l’on a baptisé sur les bords du Djoliba « Révolution du 26 mars 1991 » consacrée régulièrement journée des Martyrs. Lorsque le Président Tiani prêtait serment ce jour, le Président Goïta procédait, quasiment au même moment, au cours d’une cérémonie solennelle, au traditionnel dépôt d’une gerbe de fleurs sur les sépultures de ceux qui ont été fauchés en mars 1991 et à la gloire de qui un Carré des martyrs a été érigé à Niaréla (Bamako) afin d’honorer perpétuellement leur mémoire pour ne jamais les oublier. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, aucun des acteurs du Mouvement Démocratique de 1991, ces politiciens démocrates révolutionnaires, n’a daigné l’accompagner dans son geste, contrairement aux années précédentes depuis qu’il a procédé à la rectification de la trajectoire de la Transition le 24 mai 2021. Même pas Me Mountaga Tall, une des principales figures tutélaires de la fameuse Révolution de mars 1991, qui s’est d’ailleurs attribué le rôle de nouveau rassembleur de la classe politique afin de sauver la Transition, la République avec elle ! A ce tutoiement du Mali, le Niger a ajouté un autre : on n’a pas besoin de battue en forêt dense pour sortir d’une transition, singulièrement quand des Assises Nationales de la Refondation ont proprement balisé la voie pour ce faire ; on n’a pas non plus besoin d’une notification ampoulée du genre « Son Excellence le Général d’Armée, Président de la Transition, chef de l’Etat de la République… » Tout cela manque de maturation et envoie un mépris à peuple. Ce n’est pas tout. Aussitôt investi président de la République du Niger, le général Tiani a immédiatement signé, son tout premier acte solennel, une ordonnance qui dissout les partis politiques, véritables fauteurs de troubles et combien fossoyeurs de la nation. Il a ainsi tutoyé le Mali qui peine à sortir de la Transition, malgré une nouvelle constitution, promulguée du reste depuis bientôt deux ans et malgré un communiqué dit du gouvernement malien qui informa l’opinion, depuis septembre 2023, qu’il a « décidé d’organiser, exclusivement, l’élection présidentielle pour sortir de la Transition… » Bref, le Niger a desserré la corde autour de sa Transition, en suivant le Burkina Faso qui, lui aussi, sur la base des Assises citoyennes, s’est souverainement libéré des pesanteurs nuisibles en décidant une durée de 60 mois comme durée de sa Transition. Pour peu que l’on accepte la vérité, le Mali, malheureusement, se débat encore dans ses turpitudes. Celles-ci ne cessent de lui jouer de vilains tours. Le dernier en date est l’affaire des passeports biométriques des Maliens fabriqués en France. Cette affaire a un historique qui montre combien notre pays, s’il n’est pas en train d’être revendu à la France, c’est la France qui est en passe de se l’acquérir aux enchères d’une certaine trahison. Toute l’affaire a été soigneusement éventée par Jeune Afrique, torchon indéniable de la Françafrique. Le 17 mars dernier, ce sulfureux magazine consacre un article (promotionnel) à « l’entourage du Premier ministre malien, entre stratèges et technocrates… ». Quatre jours après, le 21 mars, comme mis mal à l’aise par un petit quelque chose, ou comme pour alerter sans nommer quiconque, le Président du Faso, Capitaine Ibrahim Traoré, au cours de ce qui est calé comme ses adresses mensuelles au peuple, dit : « Des médias, notamment Jeune Afrique, nous ont approchés en proposant de redorer notre image en échange de fortes sommes d’argent. Nous avons catégoriquement refusé. S’ils affirment que nous mentons, nous avons les preuves et nous pouvons les rendre publiques. Maintenant que nous avons refusé, ils ont lancé une campagne de dénigrement pour ternir notre image ». A peine qu’IB a fini de parler que Jeune Afrique, entré dans la bergerie malienne comme signalé ci-haut, pratique le chantage contre les autorités de Bamako, en mettant sur la place publique que le Mali fait produire ses passeports AES par une société française « En raison de retards… » L’information est malheureusement vraie, c’est bien l’imprimerie du fils du tristement célèbre Jean-Yves Le Drian, ancien ministre français des Affaires étrangères et ancien ministre de la Défense, par-dessus tout financier et organisateur du terrorisme multiforme contre le Mali, qui a la charge de confectionner en Bretagne nos précieux documents de voyage. Certes, cette situation inconfortable et incommode est sur la base d’un contrat léonin signé par le régime d’IBK, lequel expire le 25 octobre de cette année. Un contrat léonin, faut-il le savoir, ne signifie rien d’autre qu’un contrat qui fait la part belle à une partie (le lion), l’autre partie étant lésée, susceptible même d’être jetée dans la fosse aux lions si elle ne se tient pas tranquille. Nous reviendrons sur les contours de ce contrat, qui oblige malheureusement notre pas à demeurer esclave de la société française IDEMIA, en dépit de la ruse d’Etat qui nous a fait benoîtement croire au Père Noël (communiqué n° 60 du 21 septembre 2023 rendu public le 25 septembre). En attendant les éclairages dans les prochains jours, force est de retenir, d’ors et déjà, que IDEMIA contrôle toujours totalement notre base de données RAVEC et qu’elle donc entre ses mains la capacité (dont elle ne se privera pas) de contrôler les résultats de toutes les activités qui seront faites avec cette base. Hors, les élections se font avec celle-ci, pas avec autres choses. Autant dire qu’IDEMIA pourra même faire condamner le Mali devant un tribunal arbitral et la société sera en plus en capacité de saisir les biens du Mali à l’extérieur du pays, avec le bonus de se faire payer des préjudices et autres frais de justice. Cela ne manquera pas de porter sur le triple le montant actuel actuellement mis au cœur d’une certaine fausse campagne destinée à tromper l’opinion publique nationale. En résumé, le Mali est certainement en train d’être conduit à Golgotha pour le crucifix. Son chemin de croix qui commence à Chamalières où est fabriqué la monnaie nazie qu’il partage avec 14 autres pays le mène à la Bretagne. Cette passion du Christ montre à quel point une autorité ne doit pas opérer par ruse…
Amadou N’Fa Diallo
Source : journal Le National n° 681 du jeudi, 03 avril 2025.
