LIBERTÉS ACADÉMIQUES DANS UN CONTEXTE D’INSÉCURITÉ
Le SNESUP plaide pour une université libre et résiliente
Le Comité exécutif national du Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (CEN-SNESUP) a organisé, jeudi 30 juillet 2026, à l’amphithéâtre 1 de la Faculté des sciences administratives et politiques (FSAP), une conférence-débat sur le thème : « Les libertés académiques dans un contexte d’insécurité au Mali ». La rencontre, qui a réuni enseignants-chercheurs, étudiants, experts et partenaires, a permis de mettre en lumière les défis auxquels fait face l’enseignement supérieur malien tout en appelant à une mobilisation collective pour préserver les fondements de l’université.
Présidée en présence du représentant du Bureau international du travail (BIT), Amady Dicko, la cérémonie a également enregistré la participation des membres du CEN-SNESUP, du corps professoral de la FSAP ainsi que de nombreux étudiants. Les échanges ont été animés par les professeurs Isaïe Dougnon, Aly Tounkara et Fodié Tandjigora.
Dans son allocution d’ouverture, le secrétaire général du CEN-SNESUP, Dr Oumar Coulibaly, a rappelé que les libertés académiques constituent le socle de toute université moderne. Selon lui, elles garantissent aux enseignants, chercheurs et étudiants la liberté d’enseigner, de mener des recherches sans pression, de publier leurs travaux, d’exprimer leurs analyses scientifiques et de participer pleinement à la gouvernance universitaire.
« Lorsqu’une université perd sa liberté de penser, c’est toute une société qui voit sa capacité d’innover et de préparer son avenir s’affaiblir », a-t-il déclaré. Tout en rassurant que cette conférence ne visait pas à annoncer un mot d’ordre de grève, il a insisté sur le fait que « la seule arme du SNESUP aujourd’hui est la force des idées ».
Le responsable syndical a dressé un tableau préoccupant de la situation des institutions d’enseignement supérieur, confrontées depuis plusieurs années aux conséquences de la crise sécuritaire. Il a évoqué l’insécurité dans plusieurs régions, les fermetures temporaires d’établissements, les difficultés d’accès aux terrains de recherche, l’insuffisance des financements, les ingérences dans la gouvernance universitaire ainsi que la fuite progressive des compétences vers l’étranger.
Pour le Dr Coulibaly, ces contraintes compromettent la production scientifique, affaiblissent la coopération internationale et découragent de nombreux jeunes chercheurs. S’appuyant sur les conclusions de l’Academic Freedom Index, il a souligné que le Mali, à l’instar de plusieurs pays du Sahel, connaît une dégradation des indicateurs relatifs aux libertés académiques sous l’effet des crises sécuritaires et institutionnelles.
Face à cette situation, il a appelé les pouvoirs publics, les institutions universitaires, les organisations syndicales, les associations estudiantines, les partenaires techniques et financiers ainsi que la société civile à privilégier le dialogue et la concertation afin de préserver l’autonomie des universités. « Une université où l’on n’ose plus poser des questions cesse progressivement d’être un lieu de savoir », a-t-il averti, réaffirmant l’engagement du SNESUP à œuvrer pour des universités maliennes plus libres, innovantes et ouvertes.
Intervenant au nom du Bureau international du travail, Amady Dicko a salué l’initiative du SNESUP et rappelé que le respect des droits fondamentaux au travail demeure un levier essentiel pour le développement de l’enseignement supérieur. Il a mis en avant les conventions de l’Organisation internationale du travail relatives à la liberté syndicale et à la négociation collective, soulignant que les organisations syndicales jouent un rôle déterminant dans la promotion du dialogue social.
Selon lui, la qualité de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation dépend également de la capacité des institutions à garantir des conditions de travail décentes, le respect des droits syndicaux et un dialogue constructif entre l’ensemble des acteurs du monde universitaire.
Moussa I Diallo
