Presse en ligne : Imposer 1.500.000 de F CFA aux web TV et web radios aujourd’hui, c’est étouffer l’information de demain!
La Haute Autorité de la Communication vient d’inviter les promoteurs de web TV, web radios et autres médias en ligne à déposer un dossier pour régulariser leur situation administrative et juridique. Sur le fond, personne ne conteste la nécessité d’encadrer le secteur. Sur la forme et dans le contexte actuel, l’exigence d’un paiement de 1. 500. 000 de F CFA interroge.
1. Un secteur qui survit, pas qui prospère.
Depuis 2020, les médias maliens font face à une triple crise : baisse drastique des recettes publicitaires, inflation du coût du papier et du matériel, restrictions d’accès à certaines zones. Résultat : plusieurs radios communautaires et journaux papiers ont mis la clé sous la porte. La presse en ligne est devenue la bouée de sauvetage de l’information locale, notamment dans les régions où le papier n’arrive plus. Et même dans la capitale où les journaux ne sont plus achetés comme avant.
Demander 1 million 500 de F CFA à l’entrée, c’est demander à un malade de payer le prix d’une clinique privée avant d’entrer aux urgences. La majorité des web TV et radios en ligne fonctionnent avec 2 à 5 personnes, du matériel d’occasion, et des revenus mensuels inférieurs à 150 000 F CFA.
2. Réguler ne veut pas dire exclure.
Réguler, c’est identifier, protéger le public contre la désinformation, et donner un cadre légal aux journalistes. Mais si le coût de l’entrée est dissuasif, l’effet sera inverse : on pousse les acteurs vers l’informel. Et un média informel est plus difficile à contrôler, moins responsable, et plus vulnérable aux pressions.
D’autres pays de la sous-région ont fait un choix différent :
– Au Sénégal, la régularisation des médias en ligne est progressive et échelonnée selon le chiffre d’affaires.
– En Côte d’Ivoire, des frais symboliques sont demandés la première année, avec un accompagnement technique.
3. Ce que risque le Mali si on maintient le cap.
Si cette mesure entre en vigueur sans ajustement, trois choses vont se produire :
1. Silence des zones périphériques : Les petites web radios qui couvrent Kidal, Ménaka, Douentza, Bandiagara disparaîtront. L’État perdra un canal d’information sur ces zones.
2. Concentration de l’info : Seuls les médias déjà riches ou politiquement soutenus pourront payer. Le pluralisme meurt.
3. Défiance accrue : La presse en ligne, qui a permis de maintenir un lien avec la diaspora et les jeunes, sera perçue comme une cible, pas comme un partenaire.
4. Une proposition simple.
La Haute autorité de la Communication peut atteindre son objectif de régulation sans tuer le secteur :
– Mettre en place une phase transitoire de 12 mois avec frais réduits à 50 000 – 100 000 F CFA pour les médias dont le CA est < 1 millions/an.
– Proposer un accompagnement juridique et technique gratuit via Appel-Mali et les organisations professionnelles.
– Lier la régularisation à des critères de contenu et d’éthique, pas uniquement au paiement.
Conclusion
L’État a besoin d’une presse en ligne régulée.
La presse en ligne a besoin de l’État pour exister légalement. Si l’un écrase l’autre par une barrière financière déconnectée de la réalité économique, c’est le citoyen malien qui perd l’accès à une information plurielle.
Monsieur le Président de la HAC, Mesdames et Messieurs les conseillers, réguler oui. Mais réguler pour inclure, pas pour exclure.
Issa B TRAORÉ _ ORBITE-INFO
