En Afrique de l’Ouest, l’étau se resserre autour des exportateurs indiens de riz
Le riz est la principale céréale importée en Afrique de l’Ouest. Dans la région, plusieurs pays veulent protéger davantage leur filière face aux importations à bas prix en provenance d’Asie.
Le 29 avril dernier, le Burkina Faso annonçait une interruption avec effet immédiat de ses importations de riz.
Cette décision s’accompagnait d’une suspension de la délivrance des Autorisations Spéciales d’Importation (ASI) et d’une période transitoire de deux mois pendant laquelle les opérateurs disposant de cet agrément peuvent encore exercer, délai au-delà duquel leurs autorisations seront caduques. Si pour les autorités, il s’agissait de favoriser l’écoulement de la production locale, la mesure a également des implications sur le commerce intrarégional.
Des nuages qui s’accumulent
En annonçant la suspension des importations, le gouvernement burkinabè vient créer un nouveau casse-tête pour les exportateurs indiens de riz vers l’Afrique de l’Ouest, premier pôle de consommation.
En effet, ceux-ci se remettaient à peine de la récente décision de changement de politique de dédouanement de la céréale au Bénin. Selon les détails relayés par la firme d’analyse Platts qui cite un document officiel daté du 22 avril, désormais pour obtenir une licence, les importateurs doivent justifier d’une implantation au Bénin d’au moins trois ans, d’une situation fiscale et douanière régulière, ainsi que de moyens techniques et logistiques jugés suffisants.
A cela s’ajoute l’obligation de déposer une garantie de 1 milliard FCFA (1,7 million $) sur un compte dédié du Trésor public et un engagement à acheminer chaque mois entre 50 000 et 100 000 tonnes de riz.
Si avec ce durcissement, Platts rapporte que les cargaisons initialement destinées à Cotonou étaient redirigées vers Lomé, d’où elles sont habituellement réexpédiées vers le Burkina Faso, la nouvelle restriction de ce pays fait désormais craindre une accumulation des stocks dans les ports et une baisse des prix.
Le Nigeria, nouveau débouché par excellence ?
Alors que certains observateurs estiment que les flux pourraient être redirigés vers d’autres marchés, notamment le Ghana, voire au-delà de la sous-région, d’autres considèrent que le Nigeria pourrait s’imposer dans les prochains mois comme une solution de repli pour les opérateurs.
Selon Platts, l’Inde a expédié environ 1,57 million de tonnes de riz non basmati vers le Bénin en 2025, soit une baisse de 15 % sur un an. Près de 90 % de ce volume serait ensuite réacheminé vers le marché nigérian, d’après les estimations.
Si les importateurs nigérians se servent du port de Cotonou comme d’un point de passage intermédiaire avant l’acheminement par les frontières terrestres vers la destination finale pour éviter les droits de douane élevés, la décision du gouvernement nigérian de réduire ses tarifs à partir du 1er juillet est de nature à bousculer les flux transfrontaliers.
Dans les détails, le droit d’importation sur le riz en vrac ou en quantités supérieures à 5 kilogrammes est ainsi abaissé de 70% à 47,5%, tandis que le tarif sur le riz brisé est ramené de 70% à 30%. Dans un tel contexte, les acteurs nigérians pourraient opter davantage pour des importations directes vers le Nigeria plutôt que de passer par la route, ce qui favoriserait les acteurs indiens.
Source : Agence Ecofin
