Yéhia Tandina, président de la délégation spéciale de la mairie de Tombouctou : »La Transition a permis de rétablir une certaine équité territoriale »
En marge de la 4ème édition de la tournée régionale de l’Union des Journalistes Reporters du Mali (UJRM), la délégation conduite par son président, Boubacar Kanouté, a été reçue ce lundi à la mairie de Tombouctou par le président de la délégation spéciale, Yehia Tandina. Une rencontre marquée par des échanges francs sur les enjeux de gouvernance locale, l’assainissement urbain et les défis du développement communal.
Prenant la parole, le président de l’UJRM a rappelé le sens et la portée de la tournée régionale initiée par son organisation. Selon Boubacar Kanouté, un journaliste ne peut prétendre analyser objectivement son pays sans en connaître les réalités profondes. « Il est difficile d’être un bon journaliste d’un pays sans connaître ses localités, ses populations et leurs réalités. Cette tournée permet d’enrichir nos analyses, de mieux comprendre l’information locale et de contribuer à une presse plus ancrée dans le vécu national », a-t-il expliqué, rappelant que la tournée en est à sa quatrième édition après Kayes, Ségou et Sikasso.
Très honoré par la visite de ses confrères, le président de la délégation spéciale de la mairie n’a pas manqué de souhaiter la bienvenue à la délégation. Pour Yehia Tandina, la présence des journalistes à Tombouctou est en soi un message fort. « Votre présence ici illustre parfaitement que Tombouctou est une zone sécurisée. Elle constitue un démenti cinglant aux discours alarmistes véhiculés par certains médias », a-t-il affirmé, invitant les visiteurs à vivre la ville pour en saisir toute la richesse historique, culturelle et humaine.
Revenant sur les frustrations longtemps ressenties par la population, notamment après l’échec de la candidature de Tombouctou à l’organisation de grands événements nationaux comme la CAN 2002, Yehia Tandina a souligné que la Transition a permis de rétablir une certaine équité territoriale. « Aujourd’hui, Tombouctou se sent pleinement intégrée au Mali, avec un traitement égal entre les régions », a-t-il déclaré, citant en exemple l’organisation réussie de la Biennale artistique et culturelle.
Une mairie confrontée à de lourds défis
Installée il y a cinq mois, l’équipe de la délégation spéciale a hérité, selon son président, d’une collectivité « très malade », tant sur le plan financier que sanitaire. « La ville était sale, envahie par des dépôts anarchiques d’ordures et confrontée à une circulation désordonnée », a-t-il expliqué. Face à cette situation, la mairie a décidé de faire de l’assainissement et de la mobilisation des ressources ses priorités absolues.
Ainsi, plus de 280 tonnes de déchets ont été identifiées dans des dépôts anarchiques. À ce jour, près de 40 % ont déjà été évacuées. Parallèlement, des actions ont été menées pour libérer les emprises publiques, notamment autour des cimetières, mosquées et écoles, afin de fluidifier la circulation. Pour la première fois, des parkings ont été aménagés dans les grands marchés afin de mieux gérer l’afflux croissant de motos et de véhicules avec le retour progressif de la sécurité.
La réussite de la Biennale à Tombouctou reste, selon Yehia Tandina, l’un des principaux défis relevés par la mairie. Les sites d’accueil, pour la plupart appartenant à la commune, ont été réhabilités, électrifiés et équipés. Des lampadaires solaires ont été installés le long des grandes artères, tandis que l’État a appuyé la commune avec du matériel d’assainissement, notamment un camion neuf, des tricycles et des poubelles distribuées dans les quartiers.
La mairie mise également sur l’implication citoyenne à travers des actions communautaires mensuelles de salubrité. « Désormais, les populations savent que chaque mois, un dimanche est consacré au nettoyage de la ville », a-t-il précisé, saluant l’appropriation de ces initiatives par les habitants.
Sur le plan administratif, un effort de réorganisation a été engagé : rééquipement des services d’état civil, informatisation des bureaux et inventaire du patrimoine communal afin de corriger les incohérences de gestion. « Nous payons plus de 11 millions de francs CFA par mois en salaires, alors que les recettes annuelles n’atteignent même pas ce montant. Il fallait rétablir l’ordre », a-t-il reconnu.
Conscient des résistances suscitées par certaines décisions, Yehiya Tandina assume une gouvernance ferme. « Je suis prêt à faire pleurer cent personnes pour donner le sourire à mille autres. On ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs », a-t-il déclaré, évoquant notamment les opérations de libération des voies et la lutte contre les occupations anarchiques.
Les défis à venir, selon lui, consistent à consolider les acquis, élargir les actions de développement avec des partenaires et renforcer la dynamique communautaire. « Si les populations ont pu financer leur biennale, elles sont capables aussi de développer leur ville », a-t-il conclu, optimiste quant à l’avenir de Tombouctou.
Moussa Ibrahim
