Avec la proclamation à Bamako, le 16 septembre 2023, de la Charte du Liptako-Gourma créant l’Alliance des États du Sahel (AES), une grande espérance est née.
Trois pays d’Afrique, tous anciennes colonies de la France, tout en s’ancrant dans leur propre histoire, se réappropriaient leur destin en reprenant l’initiative historique. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger surprenaient le monde entier, en se dressant résolument face aux ogres, singulièrement ceux du monde des injustes, des incorrigibles impérialistes et néocolonialistes qui n’aspireront jamais à autre chose qu’à dominer et à exploiter sans retenue d’autres peuples et d’autres nations, par la violence et le viol. Quelques neuf mois après Bamako, les Présidents, Assimi Goïta, Aboudarahaman Tiani et Ibrahim Traoré se retrouvent à Niamey, le 06 juillet 2024, pour le premier sommet de l’Alliance des États du Sahel. Le cadre de concertation prend le contour de premier collège des Chefs d’État, qui conduira à la création de la Confédération de l’AES dont le traité d’institutionnalisation sera signé par les trois hautes personnalités.
Quinze mois après Niamey 2024 et presque deux ans et demi après 2023, la maturation de la Confédération AES continue sans anicroche, le rythme et la cadence se tutoiement familièrement, on le constate, sans doute parce que la détermination des dirigeants et l’accompagnement des peuples sont les atouts majeurs pour une progression harmonisée. Ainsi, avec une admirable certitude, au début de cette année 205 qui s’achève, Karamoko Jean-Marie Traoré, ministre des Affaires étrangères et des Burkinabès de l’étranger, disait le 14 janvier à Bamako, à l’occasion de la troisième édition de la célébration de la Journée de la Souveraineté retrouvée au Mali, que « Le Mandé ne coulera pas ».
Et voilà que s’ouvre ce matin, avec bonheur dans la capitale malienne, le deuxième Sommet de l’AES qui rime avec le deuxième Collège des Chefs d’État de l’AES, un pied de nez aux affirmateurs de « Bamako tombée entre les mains du JNIM et où la kyrielle des forces du mal sponsorisées par l’étranger font régner la loi… ». C’est aussi une vieille sagaie, déterrée dans le Liptako-Gourma, plantée dans le cœur de la France et de l’Europe qui n’ont jamais créé sur leurs terres intrinsèques aucun Emirat en cinq siècles de domination et qui n’ont pourtant jamais cessé de manipuler Touaregs, Arabes, Peulhs… jusqu’à Bina Diarra originaire du Bélédougou afin de prétendument ériger sur nos sols des entités islamistes, ce qui ne leur a jamais non plus réussi depuis 60 ans ! À contrario, jamais un pays du Sahel n’est allé au-delà de notre continent aux fins de colonisation.
Dramatiquement et par un de ces retournements que fomente souvent l’histoire, c’est la France qui fait désormais face à ceux qu’elle nomme ses anciennes possessions. Conséquemment, pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, le Sommet qui débute aujourd’hui pour deux jours est un tournant historique, un moment hautement charnière. Et, comme tout tournant, il ne doit pas être raté. L’AES est tout simplement à l’épreuve de l’Histoire. Il s’agit de renforcer les armures, d’aller de l’avant en rendant les balises plus visibles et les perspectives plus prometteuses. Car, au regard de l’histoire, des échecs de regroupements à la suite des indépendances des années 60, au constat que la CEDEAO, l’UEMOA et l’UA (celle-ci surtout qui doit tout à l’étranger, ses subsides et ses réflexions, donc ses positions) sont plus des organisations marionnettes aux mains des violeurs d’hier, l’AES ne doit pas être qu’une réaction conjoncturelle, mais un projet politique et stratégique assumé, qui devienne un Sanctuaire que l’on ne peut violer impunément, elle doit devenir un modèle africain de souveraineté collective. Pour cela, tout en évitant de tomber dans la Tragédie du Roi Christophe d’Aimé Césaire, les trois Chefs d’État et les élites sahéliennes doivent avoir la vision et la démarche, avec sagesse et hauteur, du Souverain Christophe : « Un pas, un autre pas, encore un autre pas, et tenir gagné chaque pas. C’est une remontée à jamais vue… » La souveraineté, la nôtre, déjà revendiquée et proclamée, appelle rigueur, exemplarité et résultats. La légitimité de l’AES se jouera autant sur le terrain sécuritaire que social. La Confédération des Etats du Sahel a tous les atouts indispensables pour réaliser de grandes ambitions de développement : « un territoire vaste de 2 800 000 kilomètres carrés et une population de 75 millions d’habitants, dont la majorité est composée de jeunes. A cela s’ajoute sa diaspora forte, engagée et agissante. Elle compte également sur ses terres fertiles, ses nombreux cours d’eau, ses sources d’énergie et ses réservoirs en ressources minières parmi les plus importants au monde ».Elle a l’uranium, le lithium, l’or, le bétail important, la volaille en quantité inépuisable, tout pour devenir l’Eldorado inespéré par d’autres.
C’est bien connu : ce qui détruit les peuples, ce sont la pauvreté, l’insécurité, le sous-développement et la dépendance. Aussi, les peuples attendent-ils du deuxième Collège des Chefs d’État de l’AES des résultats frappés au coin de la crédibilité, suggérant les aptitudes réelles pour la sécurité intégrée, l’économie solidaire, la libre circulation, la diplomatie commune avant-gardiste. Moins de discours, plus d’impact sur la vie réelle. L’AES sera jugée non par ses communiqués, mais par ses résultats. Elle doit être un acteur respecté et non un objet sombre dans les relations internationales. L’AES ne doit pas échouer, elle doit réussir.
Amadou N’Fa Diallo
Source : journal Le National n° 746 du lundi, 22 décembre 2025.
