Quatre-vingt (80) ans d’âge ! Combien comptent huit décennies à l’échelle de l’évolution de l’Humanité sans cesse confrontée à des défis multiples, souvent à ce point cruciaux pour elle que les intelligences se trouvent plongées dans de grands embarras ? Sans doute quelques petits instants, en tout cas depuis le Big-Bang qui nous aura précédé, nous les Humains, dans le cosmos qui n’arrête pas de nous fasciner. Mais en se substituant à la SDN (Société des Nations) en 1945, au sortir de la deuxième Guerre mondiale, l’Organisation des Nations Unies (ONU) déclinait un programme, une ambition noble, un espoir grandiose pour les hommes et les femmes qui peuplent la terre : la paix, la dignité et l’égalité pour tous sur une planète saine. A sa mise sur les fonts baptismaux, les Iraniens ont eu l’ingénieuse idée d’apporter un tapis sur lequel étaient inscrits quelques subliminaux vers d’un des leurs, Saadi Shirazi, poète persan du XIIIème siècle, Saadi Shirazi, poète persan du XIIIème siècle, qui est celui de l’édit de la Charte de Kurukan Fuga (1236) : « Les descendants d’Adam sont membres d’un seul corps car ils furent créés d’une seule et même essence. Que le destin d’un jour fasse souffrir un membre, alors les autres membres en seront affligés. Si tu ne souffres pas de la souffrance des autres, tu ne mérites pas d’être appelé Humain. » Les représentants de l’Humanité ont estimé que ces mots exprimaient parfaitement notre aspiration commune à la paix et à la justice dans un développement harmonieux transcendant les nationalités égoïstes. Depuis, les bons vers du poète Saadi figurent sur le fronton du siège de l’Organisation des Nations Unies à New York.
Mais à 80 ans, l’ONU a-t-elle mûri ou a-t-elle a été jamais consciente de sa nécessaire quête de la maturité ? Rien n’est moins sûr. Elle est née des décombres causés par la deuxième Guerre mondiale, avec des tares congénitales qui ne sont toujours pas corrigées, encore moins soignées. Parmi celles-ci, cinq membres permanents disposant du droit de véto, c’est-à-dire un gadget légal pour refuser la justice si elle n’arrange pas, voire à en commettre si cela doit servir les intérêts innommables de ceux qui le possèdent. Ceux-ci peuvent donc tout se permettre, ceux-là doivent tout subir et tout accepter, le pillage de leurs ressources, le versement de leur sang, entre autres crimes Le général Charles De Gaulle, héros de la France libérée, a eu trop tôt raison de dénigrer cette ONU : un « Machin ô combien inutile et même dangereux… ». L’on a cru un temps que c’est en sacrifiant à une humeur ronchonne qu’il avait proféré des mots si durs contre une organisation pensée et conçue pour le bonheur des hommes parce qu’il n’était pas bon copain avec le Président Roosevelt et le Premier Churchill, mais 80 ans de pratiques émaillées de crimes et d’injustices dans le monde ne lui donnent pas tort. D’ailleurs, à cette 80ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Président Trump, Little Boy, a nié publiquement les raisons d’être de l’ONU, désormais en question, de plus en plus. Pour un escalator et un prompteur défaillants- la preuve n’est pas faite que c’est un sabotage-, il a copieusement tancé les Européens, les vouant même aux gémonies pour leur mollesse de ne pas abattre les avions russes… Dieu merci, venant du Mandé, instruit des dispositions de la Charte de Kurukan Fugan, le Premier ministre malien, général de Division Abdoulaye Maïga, a fait part de revendications absolument légitimes, au nom du Mali de l’AES, comme pour signifier qu’en docte lieu où se rassemblent les représentants du monde, il faut se comporter en Big Man, non en Little Boy ou Fat Man, et se départir du penchant démoniaque d’infliger des souffrances inouïes aux Humains, comme ce fut le cas à Nagasaki et Hiroshima… Les Premiers ministres du Burkina Faso et du Niger ont délivré le même message, avec politesse, et surtout fermement.
Amadou N’Fa Diallo
Source : journal Le National n° 724 du lundi, 29 septembre 2025.
