Appropriation des lois foncières à Siby :les paysans massivement mobilisés
C’est à la faveur d’une journée de sensibilisation sur la Loi foncière agricole (LFA) et son lien avec l’agroécologie paysanne, organisée par la Convergence malienne contre les accaparements des terres (CMAT), en partenariat avec la Plateforme nationale de la Convergence Globale des Luttes pour la Terre, l’Eau et les Semences paysannes (PN-CGLTE OA Mali), que les paysans de Siby ont pris d’assaut la salle de conférence de l’hôtel Kamadjan, le dimanche 14 septembre, pour être témoins de cette rencontre. La journée s’est déroulée en présence du sous-préfet de Bacoumana M. Aboubacar Traoré, du maire de Siby, Daouda Camara, de Moussa Coulibaly de la CMAT, d’autorités coutumières et d’acteurs locaux venus s’approprier les dispositions d’un texte encore trop peu connu.
Placée sous le thème « Ne touche pas à nos terres, nos maisons, nos militantes », la rencontre a été marquée par un slogan fort qui a rythmé les débats. Pendant plus de quatre heures, les échanges ont porté sur les enjeux de la sécurisation foncière, l’accès équitable des femmes et des jeunes à la terre, ainsi que sur l’importance des systèmes semenciers paysans dans la préservation de la biodiversité et de la souveraineté alimentaire.
Pour M. Moussa Coulibaly, l’économie malienne repose essentiellement sur l’agriculture, mais ce secteur traverse de graves difficultés : aléas climatiques (sécheresses, inondations), dégradation des terres et des eaux due à des pratiques agricoles et minières polluantes, ainsi qu’à des politiques publiques jugées incohérentes. Selon lui, il faut miser sur une forte cohésion sociale, l’attachement des communautés à la protection des terres, forêts et eaux, ainsi que sur le savoir-faire paysan basé sur l’agroécologie.
Quant au maire de Siby, Daouda Camara, il s’est dit honoré de participer à cette journée, qu’il considère comme un cadre idéal d’échanges avec sa population. Le sous-préfet de Bacoumana, M. Aboubacar Traoré, pour sa part, a rassuré de l’accompagnement des autorités dans la protection des terres agricoles.
M. Boukary Guindo a rappelé que le développement agricole est une responsabilité collective qui implique l’État, les collectivités, les organisations paysannes et la société civile. Depuis la Loi d’orientation agricole de 2006, plusieurs avancées ont été enregistrées : une politique foncière (2014), une loi foncière (2017) reconnaissant les droits des communautés, une politique semencière en attente d’adoption et la reconnaissance de l’agroécologie dans une stratégie nationale. Ces textes posent les bases d’une gouvernance inclusive des ressources naturelles et d’une véritable souveraineté alimentaire. Mais il a insisté sur un défi majeur : ils restent très peu connus des populations rurales, pourtant premières concernées.
De nombreux participants ont réagi, soulignant que cette rencontre a été une opportunité d’obtenir des réponses claires sur leurs droits coutumiers et sur les mécanismes de résolution des litiges liés au foncier. « Nous avons besoin de comprendre la loi pour mieux défendre nos terres et préparer l’avenir de nos enfants », a confié Fafre Camara, un paysan de Siby, visiblement satisfait de l’initiative.
À noter que cette mobilisation s’inscrit dans une campagne nationale de la CMAT qui, du 20 mai au 5 juin 2025, multiplie les actions d’information à travers les radios, télévisions, réseaux sociaux et rencontres communautaires. Objectif : permettre aux populations rurales de s’approprier la Loi foncière agricole et d’en faire un outil de justice et de développement durable.
Flani Sora
