La semaine qui s’achève aura été celle de la réclamation forte de la justice. Nos confrères Le Républicain et Le Pays ont rappelé l’affaire des masques du Covid-19, avec un brin de soupçon de lenteur, voire d’oubli, si ce n’est tout simplement pas du déni de justice sciemment enveloppé dans l’omerta. Quant au quotidien Les Echos, il a mis au cœur des interrogations la dénonciation naguère faite par le procureur général de la Cour suprême par une question à l’effet d’une explosion nucléaire : « Qu’en est-il des 80 milliards FCFA détournés sous la Transition ? » Bravo aux journaux qui jouent pleinement leur mission de sentinelle vigilante aux postes de surveillance de la République, ce qui leur confère le statut d’autorité morale de l’Etat. C’est tant mieux. Les rappels judicieusement faits vont-ils faire sortir des tiroirs de la justice les dossiers indiqués qui ne sont rien de moins que des boulets pendant au pied de la nation entière ? La question est importante car, au-delà des volontés de rétention pour des raisons inavouables, au-delà des lenteurs incompréhensibles, au-delà même des nuisances crypto-personnelles infligées à autrui ou pour empêcher à tout prix la manifestation de la vérité jusqu’au jour du jugement dernier, la justice et la gouvernance sont souvent soupçonnées, à tort ou à raison, de faire de connivence entrave à la première ou de manipulation d’elle. A propos justement, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Ousmane B. Traoré, à l’occasion de la rentrée judiciaire 2024-2025 le jeudi, 26 décembre 2024 dans l’enceinte de la Cour suprême, s’adressant à la fois à ses confrères, aux magistrats, et surtout en présence du président de la Transition, avec des mots qui, sept mois après et pour toujours, on le comprend, demeurent inoxydés : « Nous, acteurs du 3ème pouvoir, devrions-nous être des références chez lesquelles l’humanisme et la rigueur morale se disputent. Autant la justice est une question de dignité, autant les hommes et les femmes chargés de la distribuer doivent en être investis. Il y va de sa crédibilité, c’est-à-dire de la confiance de ceux qui lui font honneur de mettre le leur entre ses mains. Autant l’arbitraire des autres est condamnable, autant celui de la justice est inacceptable parce qu’inqualifiable ». Or, ce qui dénigre plus la justice aujourd’hui, c’est sa lenteur à condamner et à disculper dans les bons délais ; la longueur de l’action décisive cause souvent trop de justice aux hommes en robe et va même à jeter sur eux l’opprobre difficilement lavable. La notion du » temps n’est pas le temps des hommes » est sous nos tropiques un artifice hérité des législations qui sont loin de notre culture et de notre justice. D’où il vient, il permet aux acteurs de retarder des échéances, le plus souvent, jusqu’à la mort des mis en cause pour éteindre définitivement la procédure enclenchée contre X ou Y. C’est fini, plus de coupable, plus donc de relaxé, de condamné, ou de blanchi. Les plus chanceux des condamnés à tort dans ce genre de situation peuvent voir leur mémoire blanchie par la seule ténacité des tiers, leurs proches, amis ou ascendants, ou des gens particulièrement attachés à la vérité ici-bas.
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Certains présumés innocents avant que la justice passe peuvent se créer l’opportunité de se faire la belle, on l’a vu au Mali la fuite d’Antonio E. Segura. La clôture de ce qui était donné comme mythique procès de l’avion présidentiel et des équipement militaires a laissé sur leur faim beaucoup de nos concitoyens. De plus grands accusés sont morts ou se trouvent hors de nos frontières, alors inatteignables justiciables, pendant qu’une ancienne ministre et un officier supérieur ont été condamnés à des peines de prison fermes. De telles situations risquent bien de se répéter, sauf si les rappels faits par certains journaux trouvent des oreilles bien curées. Pour l’affaire des masques du Covid-19, l’ancien président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali, Youssouf Bathily, se trouve à la MCA depuis presque trois ans alors que pour une certaine opinion l’opération qui le prive de sa liberté serait facile à démêler à travers les documents officiels. Pour ce qui est du dossier de la Loi d’Orientation et de Programmation et Militaire, l’ancien chef d’état-major de l’armée, le général Keïta, et quelques autres hauts gradés de l’institution, sont aussi sous les verrous depuis presque trois aussi, sans que l’on sache quand aura lieu leur jugement. La liste n’est pas exhaustive. Il s’y ajoute que c’est le procureur général de la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire, qui a lui-même révélé la volatilisation de 80 milliards FCFA sous la seule Transition (et c’est à une certaine échelle, pas toute la durée jusqu’à ce jour), du fait de onze personnes dont des ministres. La justice, si elle est en train de travailler d’arrache-pied, est vue malheureusement comme allant à pas de tortue. Plus vite elle ira, moins les populations feront d’elle un bouc émissaire.
Amadou N’Fa Diallo
Source : journal Le National n° 708 du vendredi, 25 juillet 2025.
