11ème Édition du Festival Donso N’Goni : La tradition des chasseurs au chevet de la paix dans l’espace AES
Le Palais de la Culture Amadou Hampaté BA est devenu, le jeudi 9 avril 2026, l’épicentre d’une célébration où les accords du N’Goni ont résonné bien au-delà des frontières maliennes. Placée sous le signe de la « Paix et de la réconciliation dans les pays de l’AES », cette 11e édition consacre la confrérie des chasseurs comme un acteur stratégique de la stabilité régionale et de la préservation environnementale.
Un carrefour diplomatique et culturel
C’est une marée de tuniques ocre et de chapeaux ornés de cauris qui a déferlé sur la capitale pour le lancement officiel du festival. Présidée par M. Mamou Daffé, ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, la cérémonie a réuni un plateau de hautes personnalités, dont la ministre de l’Environnement, Mme Doumbia Mariam Tangara, et le parrain de l’événement, l’ancien ministre Abdramane Sylla.
Porté par l’Association Jigiya Blon et son président, Cheick Oumar Tembely, l’événement dépasse désormais le cadre du simple folklore.
En intégrant les enjeux de l’Alliance des États du Sahel (AES), le festival transforme le chasseur traditionnel — le Donso — en un véritable médiateur de crise. Venus du Mali, de Guinée, du Burkina Faso et du Niger, ces « gardiens de la cité » affichent leur volonté de peser de tout leur poids dans les processus de réconciliation nationale.
Le Donso : « Régulateur social et ingénieur de la nature »
« Le Donso est bien plus qu’un chasseur : c’est un régulateur social et un ingénieur de la nature », a rappelé le parrain Abdramane Sylla. Ce dernier a profité de cette tribune pour lancer un appel pressant à l’unification des confréries en une fédération unique, condition sine qua non pour renforcer leur influence auprès des instances étatiques.
L’ouverture a été marquée par la prestation habitée du virtuose Sékoubani Traoré, dont les cordes du N’Goni ont captivé une assistance électrisée, avant que le magicien Ander Timité ne subjugue la foule par des démonstrations de savoirs occultes.
L’urgence écologique au cœur des débats
Au-delà de la mystique, le festival se veut un espace de réflexion sur les défis contemporains. Le naturaliste Tidiani Sangaré, Géographe, Aménagiste à la Ferme Klédu et le Commandant N’Djé Hamey, Sous-directeur Aménagement et Gestion des Aires de Conservation de la faune à la Direction générale des Eaux et Forêts ont tiré la sonnette d’alarme face aux menaces qui pèsent sur les sanctuaires naturels : orpaillage abusif, urbanisation galopante et dérèglement climatique. « Protéger la forêt n’est plus une option, c’est un devoir de survie », a martelé M. Sangaré, prônant une synergie entre autorités forestières et communautés locales.
Le volet scientifique du festival, à travers une conférence de presse, a mis en lumière l’internationalisation et la modernisation fulgurante de la géomancie, portées par le Pr Mamou Den Kissima Diarra. Initié depuis 1972 et auteur de 18 ouvrages de référence, le Professeur a su projeter ce patrimoine immatériel dans l’ère numérique grâce à trois logiciels de consultation et une académie virtuelle sur WhatsApp regroupant plus de 200 étudiants mondiaux. Pour ce « pédagogue et praticien de l’e-pédagogie », la digitalisation est le levier indispensable pour transformer un savoir millénaire en une science vivante et accessible, au service du bien-être de l’humanité.
Trois jours pour bâtir la résilience
Jusqu’au 11 avril, le programme propose une immersion totale :
Conférences-débats : Des interventions de haut niveau, notamment du Dr Fodé Moussa Sidibé sur la résilience en période de crise et de Mamou Den Kissima Diarra sur l’éthique Donso.
Expositions : Une mise en valeur de l’artisanat d’excellence lié à la confrérie.
Prestations culturelles : Des moments de partage gratuits pour garantir une inclusion populaire totale.
En onze ans, le Festival Donso N’Goni s’est imposé comme une institution incontournable. Plus qu’une célébration, il s’affirme aujourd’hui comme le laboratoire d’une résilience africaine authentique, prouvant que les solutions aux maux modernes se trouvent souvent au cœur de nos racines les plus profondes.
Aissetou Cissé
